LP Doubts and convictions

« Doubts and Convictions », de Troublemakers : l’angle mort de la French Touch

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Vingt-cinq ans après sa sortie, Doubts and Convictions de Troublemakers réapparaît sans effet d’annonce spectaculaire. Cette réédition remet en lumière un album devenu culte, mais qui n’avait pas vraiment trouvé sa place dans les cadres de son époque

Réédité en 2026 à l’occasion des 25 ans de sa sortie, Doubts and Convictions revient comme un disque à part, construit autour d’une logique narrative et d’un brillant montage. Entre reconnaissance internationale et absence de relais local, l’album a traversé le temps sans que le groupe ne suive la même trajectoire. Une œuvre singulière, remise en circulation sans nostalgie…

Un disque construit, pas assemblé

À l’occasion de ce vingt-cinquième anniversaire, Doubts and Convictions du groupe Troublemakers, trio marseillais composé de Lionel Corsini aka DJ OIL, d’Arnaud Taillefer (NoLA) et de Fred Berthet (DJ Steef), est réédité le 10 avril 2026 sur le label B!ZZY ; la distribution est assurée par Bigwax. Publié en 2001, sur Guidance Recordings, l’album n’avait jamais été remis en circulation. Trip-hop, house, jazz, funk, soul, bossa, afro beats : la liste des influences est connue, mais elle masque l’essentiel. Doubts and Convictions ne juxtapose pas, il organise. Le disque repose sur une logique de montage, avec une écriture en strates, une attention fine aux transitions et une narration assumée ; plus proche d’un déroulé cinématographique que d’une suite de morceaux.

Hors format, hors circuit… Dès sa sortie, le disque se situe en décalage. Trop construit pour le club, trop hybride pour une catégorisation simple, et trop décalé pour les néophytes. Pour Lionel Corsini : « la narration est omniprésente ; les références, les époques musicales… ». Le groupe ne revendique cependant aucun positionnement : « il n’y a pas de calcul, on écoutait de tout ». Cette impression de flou, qu’ont pu ressentir certaines personnes, se retrouve dans la trajectoire de l’album. Signé à Chicago, après avoir été ignoré par les labels parisiens, le projet trouve une reconnaissance internationale, sans relais durable en France ; « l’album a traversé les époques, mais pas le groupe », résume DJ Oil.

« L’album a traversé les époques, mais pas le groupe. »

DJ Oil

Réédition : rééquilibrer l’histoire

Si les morceaux continuent d’apparaître dans les DJ set de Lionel Corsini, l’effet n’est pas immédiat, pas de réaction flamboyante, plutôt des signes discrets ; une reconnaissance diffuse, cohérente avec la nature du disque. La réédition se base sur un remaster, mais également sur une réalité nettement plus concrète : le groupe n’avait jamais perçu de revenus liés à la première exploitation. « On le sort pour fêter les 25 ans, et aussi pour gagner un peu de sous car Guidance ne nous a jamais payés ! ».

L’enjeu est donc double : remettre le disque en circulation et tenter de rééquilibrer une situation passée. Le projet n’est pas patrimonial ; il est d’ailleurs envisagé comme un point de départ, les membres du groupe ayant annoncé du neuf : « on avance sur un album singulier et original (…) on se voit régulièrement depuis 25 ans, et on travaille actuellement », poursuit DJ Oil. Dans leur processus de création, à l’époque, le sampling est tout autant un outil qu’un langage en soi. Quand on lui demande si les évolutions de l’IA l’intéressent : « oui bien sûr, intelligemment, en respectant la musique, toujours ».

Photo Troublemakers
Troublemakers DR

Marseille ? Un décor plus qu’un moteur.

L’influence de Marseille reste secondaire. Le groupe évoque davantage une ambiance : « juste sa lumière, et sa noirceur sociale », plutôt qu’un ancrage stylistique. Ni pleinement intégré localement, ni porté nationalement. « Que ce soit national ou régional, les Marseillais cultivés férus de cinema ce n’est pas assez aïoli pour Marseille, et c’est trop cake pour Paris… », Troublemakers s’inscrit alors dans un entre-deux qui limite sa visibilité.

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Dans un contexte marqué par la standardisation des formats, la réapparition de Doubts and Convictions agit moins comme un retour que comme un rappel : celui d’une manière de produire plus lente, plus construite, et toujours marginale. Lorsque l’on demande à DJ Oil quel regard il porte sur la scène actuelle, il semble bien circonspect : « je disparais petit à petit malgré mes albums, mes projets… Je viens de signer chez Compost, mais je n’ai pas une date d’ici cet été. Il faut s’accrocher. » Doubts and Convictions, album oscillant entre hip-hop cinématique, atmosphères soulful et grooves électroniques vintage, est donc enfin réédité en vinyle et en digital remasterisé, 25 ans après sa parution ; lien d’achat disponible très prochainement.

Propos recueillis auprès de Lionel Corsini, aka DJ Oil.

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Buy Me A Coffee

Fondateur de Houz-Motik, Cyprien Rose est journaliste. Il a été coordinateur de la rédaction de Postap Mag et du Food2.0Lab. Il a également collaboré avec Radio France, Le Courrier, Tsugi, LUI... Noctambule, il a œuvré au sein de l'équipe organisatrice des soirées La Mona, et se produit en tant que DJ.

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