LP Rise

inrain : la chambre d’écho où tout commence

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Réunis au début des années 90, Rudy Tambala et Alison Shaw esquissent avec inrain une musique en retrait, presque en suspens. Réédité aujourd’hui par Music From Memory, Rise redonne corps à ces fragments enregistrés loin des attentes, dans un Londres encore traversé par des mutations souterraines

Entre esquisses ambient, structures ouvertes et pulsations diffuses, inrain documente un moment fragile : celui où deux trajectoires singulières, Rudy Tambala et Alison Shaw, se croisent sans chercher à produire, mais simplement à capter. Cette archive, proposée par Music From Memory, ne regarde pas en arrière, elle continue de respirer…

Hors des groupes, hors du cadre

Photo Alison Shaw
Alison Shaw DR

À l’époque, Tambala redéfinit déjà la guitare avec A.R. Kane, pendant que Shaw impose avec Cranes une voix presque irréelle. inrain naît dans cet intervalle : pas un projet parallèle, plutôt une échappée. Introduits par Geoff Travis, les deux musiciens enregistrent sans pression, au fil de sessions étirées, dans un studio de Stratford. Laisser l’espace faire… Ici, peu de couches. Quelques machines, une guitare acoustique, des voix captées souvent à la première prise. Le reste tient dans l’air. Les silences structurent autant que les notes. Cette économie de moyens produit une musique étonnamment dense, chaque élément respire, chaque texture s’installe sans chercher à convaincre.

« We wanted to make music that felt like a dream, not something you could easily define. » – Rudy Tambala

Fragments d’une époque

Photo Rudy Tambala
Rudy Tambala DR

On entend en filigrane le Londres du début des années 90 : basses en gestation, influences dub, traces diffuses de jungle naissante. Rien d’explicite, mais une empreinte. inrain ne documente pas une scène, il en capte les marges, les tensions lentes, les zones floues. Ce qui reste ? Remasterisé depuis les bandes DAT, enrichi d’un titre plus tardif (Biology, 2012), Rise ne cherche pas à être réhabilité. Il s’impose autrement, par sa tenue, sa retenue et cette capacité rare à exister hors du temps.

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Trajectoires…

Photo inrain
inrain DR

Depuis ces enregistrements, les trajectoires des artistes n’ont jamais vraiment cessé de bifurquer. Rudy Tambala a relancé A.R. Kane au fil des années 2010, avec de nouvelles productions et des apparitions scéniques ponctuelles, réaffirmant l’influence durable du duo sur toute une génération ambient, électronique et post-rock. De son côté, Alison Shaw continue de faire exister Cranes dans une forme plus discrète, entre rééditions, concerts choisis et une présence artistique volontairement en retrait. Rien de spectaculaire dans ces actualités, mais une constance, celle de deux artistes qui avancent à leur rythme avec une ligne esthétique intacte, à distance de l’urgence de l’industrie.

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