Derrière l’énergie solaire et les rythmes afro-caribéens, le projet de Charlie Chimi joue un jeu plus ambigu qu’il n’y paraît. Entre folklore réinventé et mise en scène du chaos, une musique qui attire autant qu’elle déstabilise
Un projet dense et hybride, signé Charlie Chimi, où les rythmes afro-caribéens servent de façade à une mécanique plus trouble, entre énergie collective et instabilité volontaire…
Une matière vivante, presque trop riche
Charles Garmendia DR
Le projet porté par Charles Garmendia part d’une base identifiable : percussions afro-cubaines, lignes de basse funk, structures ouvertes proches de la jam. Mais rapidement, la musique déborde. Tout s’agite en même temps, motifs rythmiques qui se superposent, voix qui surgissent comme des fragments de conversations, textures qui oscillent entre organique et bricolage sonore. On n’est pas dans une reconstitution “world” propre, mais dans un assemblage instable, une cuisine où les ingrédients continuent de bouger une fois servis. Cette densité est à double tranchant, elle crée une sensation de vie immédiate, mais peut aussi empêcher une véritable prise.
Le folklore comme décor…
L’imaginaire convoqué est clair : bodega, domino, chaleur, musique qui déborde dans la rue. Un décor presque cinématographique. Mais ce décor fonctionne aussi comme un écran. Derrière cette ambiance familière, le projet glisse vers quelque chose de plus trouble : illusion, hustle, jeu de rôles. Le monde animal et humain y est évoqué comme un terrain de manipulation permanente. La tension est là, musique chaleureuse, collective, accessible, fond thématique basé sur la tromperie, la stratégie, le faux-semblant. Ce contraste n’est jamais totalement résolu. Il donne du relief, mais laisse aussi une impression d’instabilité volontaire.
Une performance plus forte que le disque
Tout dans Charlie Chimi semble pensé pour la scène : le collectif, la théâtralité, la circulation des rôles, l’énergie physique. Sur le papier (ou en enregistrement), cette profusion peut paraître dispersée. En live, elle devient logique : un chaos organisé, presque carnavalesque. Cela pose une question simple : le projet fonctionne-t-il vraiment comme objet musical autonome, ou surtout comme expérience performative ? À ce stade, la réponse penche vers la seconde option.
Position : séduisant mais insaisissable : Charlie Chimi attire immédiatement, par sa couleur, son énergie, son imaginaire. Mais il laisse aussi une distance. Ce n’est pas un projet faible, loin de là. C’est un projet qui refuse de se stabiliser. Ce choix est cohérent avec son propos (illusion, mouvement, transformation), mais il a un coût : l’émotion reste diffuse, jamais complètement incarnée. Charlie Chimi ne cherche pas à construire un territoire sonore stable. Il préfère ouvrir une porte — bruyante, colorée, instable — et laisser l’auditeur décider s’il veut vraiment y entrer… ou s’il reste sur le seuil.