Quatre ans après International Love Affair, Tigerbalm revient avec Bubblegum Discos, un deuxième album qui affirme une identité désormais pleinement assumée. Entre disco tropical, rythmes afro, héritage brésilien et électronique contemporaine, la productrice britannique construit un disque qui préfère les rencontres musicales aux frontières stylistiques
Avec Bubblegum Discos, Tigerbalm franchit une étape décisive. Plus ambitieux, plus collectif et davantage centré sur les chansons que sur les instrumentaux, l’album explore des territoires où le Brésil dialogue avec l’Afrique, tandis que la nu-disco accueille aussi bien le soca que le proto-house ou l’italo-disco. Une œuvre généreuse qui confirme l’évolution d’une artiste attentive aux circulations culturelles…
Une cartographie du dancefloor mondial

Rose Robinson, alias Tigerbalm, n’a jamais caché son goût pour les musiques qui voyagent. Depuis ses premiers projets, son univers repose sur une idée simple : les clubs peuvent devenir des lieux de rencontre entre différentes traditions rythmiques. Bubblegum Discos pousse cette logique plus loin encore. Là où son premier album dessinait les contours d’un langage personnel, ce nouveau disque lui donne une véritable profondeur. Les arrangements gagnent en relief, les collaborations se multiplient et l’écriture privilégie désormais des morceaux chantés, plus incarnés, sans perdre leur efficacité sur le dancefloor.
Le Brésil comme premier horizon
La première moitié de l’album regarde vers l’Amérique du Sud. Les rythmes brésiliens irriguent naturellement plusieurs titres, sans jamais tomber dans la reproduction patrimoniale. Nayar ouvre le parcours avec une énergie nu-disco teintée de reggaeton, tandis que Diga Me mêle clavinet, groove tropical et chant en portugais. Plus loin, Vera En Paraty s’appuie sur une samba lumineuse avant que Coco Makoko ne révèle, pour la première fois, Tigerbalm au chant. L’ensemble conserve une fraîcheur permanente, portée par des musiciens capables de faire dialoguer instruments organiques et production électronique.
« Energizing, Playful, Tribal, Worldly, Cosmic, Organic. » – Tigerbalm (When We Dip, 2023).
Quand l’Afrique rencontre la nu-disco
La seconde partie déplace le centre de gravité vers le continent africain. Loin d’une simple citation esthétique, Tigerbalm multiplie les échanges avec des artistes issus de différents horizons. Andre Espeut chante en lingala sur Pura Vida, Waahli apporte sa culture haïtienne à Do Da Soca, tandis qu’Idd Aziz insuffle à Afro-Disco une énergie nourrie d’afro-house et d’afrobeats. À travers ces collaborations, l’album rappelle combien les musiques de danse se construisent depuis toujours grâce aux circulations entre continents, générations et communautés.
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Une vision généreuse de la musique de club

Ce qui distingue finalement Bubblegum Discos de nombreuses productions actuelles tient à sa cohérence. Chaque morceau possède sa propre identité tout en participant à un récit plus vaste, celui d’une musique électronique ouverte sur le monde. Les références à l’italo-disco, au proto-house, au dub disco ou encore aux expérimentations jazz-fusion de Jasper Van’t Hof s’intègrent naturellement dans un ensemble festif. Tigerbalm préfère célébrer le mouvement, les rencontres et la couleur.
Un choix qui donne naissance à un album chaleureux, accessible et suffisamment riche pour révéler de nouveaux détails au fil des écoutes. À une époque où les algorithmes tendent à enfermer les genres musicaux dans des catégories toujours plus étroites, Bubblegum Discos rappelle qu’une piste de danse peut aussi être un espace d’échange culturel. Tigerbalm y affirme une écriture plus mature, plus collective et plus ambitieuse, sans jamais perdre de vue l’essentiel : donner l’envie de bouger, de découvrir et, surtout, d’écouter autrement.


