Avec Super Button Masher, Jake Silverman transforme les sonorités 8 et 16 bits de son enfance en terrain d’expérimentation pour le jazz fusion. Derrière la nostalgie de la Super Nintendo, l’arrangeur américain compose une musique vive et sophistiquée, où les mélodies pixelisées rencontrent le funk, l’électronique et l’improvisation
Paru le 4 septembre 2026 sur Brainfeeder, Super Button Masher réunit 10 compositions inspirées par les jeux vidéo des années 1990. Entouré notamment de Nicole McCabe, Sungazer, Dana Hawkins et Evan Marien, Button Masher dépasse le simple hommage rétro pour envisager ce répertoire comme une matière musicale à transformer…
Le jazz en mode 16 bits
Jake Silverman développe depuis plusieurs années un langage à la croisée des musiques de jeux vidéo et du jazz fusion. Sur Super Button Masher, les anciennes consoles lui fournissent leurs timbres synthétiques, leurs boucles et leurs mélodies électroniques immédiatement reconnaissables. Il les confronte à des harmonies mouvantes, des rythmes accidentés et une écriture instrumentale dense. Dès Pastel Roses, les couleurs numériques se mêlent au jazz sans que l’une des 2 esthétiques ne serve de simple décor à l’autre.
Magic Dragon Ride précise cette direction. Conçu comme un hommage aux compositeurs Hiroki Kikuta, Yasunori Mitsuda et Nobuo Uematsu, le morceau renvoie à l’âge d’or des jeux de rôle japonais. Flûtes synthétiques, basse bondissante, percussions rapides et claviers aux couleurs orchestrales installent un paysage familier. La mélodie bifurque ensuite, accélère et se complexifie, révélant le pianiste et l’arrangeur derrière Button Masher.
« J’espère que cet album vous ramènera vers des jours plus simples »
– Jake Silverman,
La nostalgie comme point de départ
« J’espère que cet album vous ramènera vers des jours plus simples », explique Jake Silverman, en évoquant les après-midi passés avec son frère et les enfants du voisinage devant leur Super Nintendo. La nostalgie n’est pourtant que le point de départ du disque. Dans The Space Between Worlds, Hidden Power ou Pause Menu for the Broken Hearted, les sons familiers deviennent plus instables, parfois mélancoliques. Silverman ne cherche pas à reproduire une bande originale perdue : il utilise ses souvenirs pour composer une musique nouvelle.
Les invités permettent également à l’album d’échapper au seul exercice chiptune. Nicole McCabe intervient au saxophone sur Tower Climb, Amanda Barise entraîne House Party vers le funk, tandis que le duo Sungazer rejoint Silverman sur Tallinn Massage Chair, morceau inspiré par un étrange fauteuil de massage découvert dans un hôtel en Estonie. Sur EDBM, la batterie de Dana Hawkins et la basse d’Evan Marien replacent l’électronique dans une dynamique de groupe.
• À lire aussi sur Houz-Motik : apprendre à écouter la répétition
Un nouvel espace de composition
Lauréat d’un Grammy avec Charlie Rosen pour leur arrangement de Meta Knight’s Revenge, interprété par The 8-Bit Big Band, Silverman aborde la musique de jeu vidéo comme le jazz traite ses standards : un répertoire que l’on peut réharmoniser, improviser et transmettre. Super Button Masher pousse parfois très loin la densité et la virtuosité, au risque de laisser peu d’espace au silence. Mais le disque dépasse son argument nostalgique. Chez Button Masher, les sons de la Super Nintendo ne ferment pas une époque : ils ouvrent un nouvel espace de composition.

