LP Permanence Left Live

Elsehow, la permanence des ombres

5 min de lecture
Démarrer

Avec Permanence Left Live, Piero Delux met à l’épreuve de la scène les paysages crépusculaires d’Afterimage. Seul avec sa voix, ses guitares et ses machines, l’artiste italo-belge ne cherche pas à grossir artificiellement ses compositions : il leur donne du mouvement, de l’air et une présence plus physique

Entre concert, installation sonore et rêverie intérieure, Permanence Left Live montre comment Piero Delux transforme la solitude du musicien électronique en force dramatique. Sans rompre avec l’esthétique spectrale d’Afterimage, Elsehow ouvre ses morceaux, les laisse respirer et rappelle que l’ambient peut aussi devenir un art de la présence…

Sortir les chansons de la brume

Photo Elsehow
© Elsehow

Enregistré le 29 mai 2026 à De Corridor, à Wetteren, puis publié par Projekt Records, Permanence Left Live rassemble 12 morceaux issus d’Afterimage et des précédentes productions d’Elsehow, auxquels s’ajoutent 2 compositions inédites. Ce document de concert révèle une musique située entre ambient, dream pop et art pop, dont la lenteur apparente masque une tension constante…

Sur Afterimage, paru en septembre 2025, Piero Delux construisait une musique de la rémanence : quelques notes de piano, des arpèges de guitare, des nappes électroniques et une voix grave semblaient surgir d’un souvenir mal fixé. Permanence Left Live reprend 6 morceaux de cet album, mais ne se contente pas de les reproduire. Les silences deviennent plus sensibles, les boucles respirent différemment et les transitions participent désormais à une narration continue. L’ensemble prend la forme d’un lent travelling nocturne, dans lequel chaque morceau éclaire brièvement le suivant.

Une voix au milieu des machines

La comparaison avec David Sylvian est difficile à éviter. Elle tient d’abord au timbre de Piero Delux, ce baryton feutré qui semble davantage habiter les arrangements que les surplomber. Quelques inflexions évoquent également Thomas Feiner, notamment lorsque la voix devient presque minérale. Mais Elsehow trouve son identité dans la fragilité de l’équilibre : l’électronique ne sert pas de décor, tandis que la guitare, le piano et les effets restent suffisamment espacés pour laisser circuler le doute. Lors du concert, Patsker Omaer Beguin relevait déjà cette rencontre entre chant intime, paysages sonores, boucles de guitare et fragments de piano. « Nous avons été complètement conquis par un superbe mélange d’art pop atmosphérique et de musique ambient. »

Le temps long comme dramaturgie

Les morceaux dépassent souvent les 5 ou 6 minutes. Reflections s’étire même au-delà de 8 minutes, sans chercher de véritable climax. Cette durée permet plutôt aux motifs de se déposer, de disparaître, puis de revenir légèrement déplacés. Entre les passages chantés d’Interlaced, In This Century ou Telekinesis, des pièces comme Shibuya Crossing, Underwater Dream et The Bubble Nebula ouvrent des espaces plus abstraits. Le concert avance ainsi par vagues successives : retrait, suspension, retour de la voix, nouvelle dérive. Le dispositif demeure sobre, mais jamais immobile.

À lire aussi sur Houz-Motik : Crackazat célèbre le jeu « live »

Un live sans démonstration

Photo Elsehow
© Elsehow

Permanence Left Live ne cherche ni la puissance d’un groupe ni l’énergie immédiate d’un album de scène traditionnel. Son intérêt se situe ailleurs : dans la manière dont un musicien seul peut rendre tangible une œuvre fondée sur l’effacement. La prise de son, claire et maîtrisée, conserve la délicatesse des versions originales tout en laissant apparaître leur dimension gestuelle. Cette propreté a toutefois une contrepartie : l’auditeur perçoit assez peu le lieu et le public. Le disque ressemble parfois davantage à une session jouée en temps réel qu’à un concert pleinement documenté. Mais cette retenue correspond aussi à la logique d’Elsehow, dont la musique préfère les traces aux déclarations. Publié en téléchargement haute définition 24 bits/48 kHz et accompagné de la vidéo intégrale du concert, Permanence Left Live constitue un nouveau point de vue sur ses compositions. Chez Elsehow, le passage à la scène ne dissipe pas les ombres : il leur donne un corps.

Soutenir le magazine

Depuis 2005, Houz-Motik porte un regard indépendant sur la musique, les arts et les cultures contemporaines.

Tous nos contenus sont accessibles gratuitement. Si vous appréciez ce que nous faisons, vous pouvez nous aider à poursuivre cette aventure.

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

LP Super Button Masher
Article précédent

Avec Button Masher, le jazz gagne une vie supplémentaire

Centre de préférences de confidentialité

Necessary

Advertising

Analytics

Other