Affiche du film documentaire You don't Nomi

Documentaire : You Don’t Nomi

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Fan de Showgirls (1995), l’un des fiascos historiques du cinéma, Jeffrey McHale présente You Don’t Nomi. Son documentaire défend l’œuvre de Paul Verhoeven

Boudé par les cinéphiles, récompensé aux Razzie Awards comme “pire film de la décennie 90”, “pire scénario”, “pire actrice” et “pire réalisateur” (qui viendra cependant récupérer son prix en personne), Showgirls est fustigé par la critique qui ne comprend pas le film, comme le magazine Variety :

« La seule chose positive dans Showgirls, c’est que sa sensibilité reflète à merveille le microcosme qu’il dépeint : incroyablement vulgaire, indigne et grossier ». Totalement fasciné, Jeffrey McHale tente de comprendre comment ce film est passé du statut de navet à celui de satire acerbe de la société américaine, faisant de Showgirls une œuvre culte et incomprise à sa sortie.

Le miroir de l’Amérique ?

En 1995, après le succès de Basic Instinct (1992), Joe Eszterhas (scénariste) et Paul Verhoeven (réalisateur) sortent Showgirls. La critique américaine s’engouffre dans un amalgame réac, entre vulgarité montrée à l’écran et supposée trivialité de l’oeuvre… Une nouvelle confusion à lieu trois ans plus tard, mais à moindre mesure, avec Starship Troopers (1998).

Showgirls se voit même affublé du genre “porno soft hardcore”, une ambiguïté stylistique due à une scène de sexe beaucoup trop frontale selon le réalisateur : “C’était impossible pour de très nombreux Américains d’accepter ça, même si moi je trouvais ça drôle et léger (…) mais ils n’ont pas dit qu’ils étaient choqués, ils ont dit que c’était nul, que Berkley était mauvaise, mais la vérité c’est qu’ils étaient choqués !”. 

Extrait du film documentaire You don't Nomi

Une œuvre cohérente

L’échec est cuisant : production, 45 millions ; recettes, 20 millions. Toutefois, le film se refait une santé à partir des années 2000, son statut d’objet culte lui permet de récolter plus de 100 millions de dollars de recettes (vidéos et DVD). En 1998, dans un entretien aux Inrockuptibles, Jacques Rivette estime qu’il s’agit d’un grand film, expliquant que si Showgirls est déplaisant, c’est aussi le cas d’autres films de Verhoeven, dont l’œuvre se consacre à montrer qu’il s’agit de survivre dans un monde peuplé d’ordures : “Voilà sa philosophie. De tous les films américains qui se déroulent à Las Vegas, c’est le seul qui soit vrai”.

De nombreuses actrices furent envisagés pour jouer le rôle principal (Pamela Anderson, Angelina Jolie, Drew Barrymore, Charlize Theron ou encore Jennifer Lopez), mais c’est Elizabeth Berkley qui interprète la cyclothymique Nomi Malone, danseuse érotique en quête de succès à Las Vegas, dans un jeu excessif voulu par Verhoeven. Bien que Rivette trouve l’actrice “stupéfiante”, le bide du film modifie considérablement sa carrière…

Un film, un regard

Jeffrey McHale, qui signe son premier film, retrace le parcours du sulfureux mélodrame et le dissèque en creusant la filmographie de Verhoeven (Turkish Delight, The Fourth Man, Robocop, Total Recall, Elle…). Les films sont commentés et mis en relation via différentes séquences au sein d’une même image. Des extraits façon Mashup de Basic Insctinct, Showgirls avec Total Recall et Robocop.

Sur la même ligne que le réalisateur français, McHale estime que Showgirls n’a finalement rien d’une exception dans la filmographie du cinéaste, et nous offre le portrait d’une production atypique. Le film n’apporte cependant pas grand chose de neuf en terme de matière, notamment les interviews. Cependant, pour celles et ceux qui seraient passés à côté, c’est l’occasion de se rattraper.

Le documentaire est disponible en VOD et en version originale anglaise seulement. Pour le voir depuis la France, il vous faudra passer par un VPN. Par ailleurs, beaucoup de films ont été détestés par la critique et adoptés tardivement, Showgirls fait parti de ceux qu’il faut voir, et évidemment revoir.

You Don’t Nomi (Jeffrey McHale, 2020).
Documentaire, 1 h 32, avec Paul Verhoeven, Joe Eszterhas, Gina Gershon.

Affiche du film documentaire You don't Nomi
You don’t Nomi DR

Source La Presse

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