Avec Exploration (Deluxe Edition), Calibro 35 ne cherchent pas l’effet d’annonce. Trois titres bonus, uniquement disponibles en numérique, viennent prolonger un album déjà dense. Pas un simple appendice, mais une extension logique de leur univers cinématographique, entre funk nerveux, héritage jazz et relectures radicales
Cette édition augmentée enrichit Exploration par trois reprises choisies avec précision : un standard jazz, un classique jazz-funk et un manifeste krautrock. Calibro 35 y confirment leur art du déplacement stylistique, sans jamais céder à la nostalgie décorative…
Trois reprises, trois gestes distincts
Calibro 35 DR
Les bonus tracks ne jouent pas la carte de la compilation opportuniste. Chacun répond à une logique claire. Harlem Nocturne, standard souvent enlisé dans une sensualité de façade, est ici dépouillé, ralenti, presque nocturne au sens littéral. Le morceau respire, s’étire, refuse l’emphase. À l’inverse, Mister Magic de Grover Washington Jr. est abordé frontalement : groove appuyé, énergie afrobeat assumée, sans chercher à imiter l’original. Quand le krautrock devient matière brute : la reprise la plus marquante reste sans doute Vitamin C, titre emblématique de Can. Là où beaucoup se contentent d’en citer le riff devenu culte, Calibro 35 en accentuent la dimension martiale et obsessionnelle. Le morceau, récemment remis en circulation via un sample de Kanye West, retrouve ici une rugosité presque industrielle, débarrassée de toute ironie.
« The most fascinating, retro-maniac and genuine thing that has happened to Italy in the past few years. » — Rolling Stone.
Une continuité plus qu’un supplément
Ces trois titres ne transforment pas Exploration ; ils en précisent les contours. L’album restait traversé par une idée centrale : explorer sans illustrer, convoquer des imaginaires sans les figer. La version Deluxe pousse cette logique un cran plus loin. Pas de démonstration virtuose, pas de clin d’œil appuyé. Juste une écriture collective solide, tendue, pensée pour durer.
Calibro 35, toujours hors format. Souvent qualifiés de groupe “cinématique”, les Milanais ont depuis longtemps dépassé cette étiquette. Samplés par Dr. Dre ou Jay-Z, collaborateurs de PJ Harvey, Mike Patton ou Stewart Copeland, ils avancent sans chercher la validation. Exploration (Deluxe Edition) s’inscrit dans cette trajectoire : indépendante, cohérente, maîtrisée. Plus qu’une réédition, Exploration (Deluxe Edition) agit comme une note de bas de page essentielle. Discrète, mais éclairante. Un prolongement qui confirme que chez Calibro 35, le passé n’est jamais un refuge, seulement un matériau à reconfigurer.