Paru le 10 avril 2026 chez Pan European Recording, POLYTOXICOMANE DE TOI condense en 6 morceaux une trajectoire déjà bien installée : celle de Noir Boy George, artisan d’une chanson déviée, nerveuse, où l’intime se frotte au bruit, au désir, et à ses dérives
Court, tendu, presque clinique par moments, le disque de Noir Boy George avance sans détour. Il capte, via ses chansons à texte une forme de dépendance affective, la transforme en matière sonore brute, et s’inscrit dans une scène française qui préfère l’angle oblique à la démonstration. Reste une question ouverte : jusqu’où ce format resserré peut-il porter cette intensité sans se refermer sur lui-même ?
Écrire depuis la faille

Le disque est écrit à Metz, dans un contexte qui n’est pas anodin, centre d’hygiène, tension du réel, frontalité du vécu. Cela se ressent immédiatement, pas de distance ironique confortable, mais une écriture qui avance à nu, voire à vif. Noir Boy George ne raconte pas, il expose. Le texte devient matière, presque symptôme. Six titres, pas un de trop. Les rapports de production, À l’est de ton corps, Injecte-moi, Le samedi c’est Agnès, Comme Alan Vega, Satan vit dans mon ventre. L’enchaînement est cohérent, sans remplissage. Le format court joue en faveur du projet ; chaque morceau agit comme un fragment, une impulsion, un éclat. Rien ne s’étire inutilement, mais tout ne s’imprime pas avec la même force.
« A punk odyssey in search of love. »
— Pan European Recording
Entre post-punk et chanson désossée
L’ombre de Alan Vega plane, explicitement citée. Mais la référence ne suffit pas. Là où certains se contenteraient d’un hommage figé, Noir Boy George garde une forme d’instabilité. Synthé modifié, boîte à rythme sèche, voix tendue, l’ensemble tient davantage de la collision assumée que d’un style revendiqué. Par moments, cette tension produit une vraie intensité, à d’autres, elle semble naviguer en eaux d’expériences.
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Production serrée, intention claire : enregistré à la Cave 38, mixé par Seb Normal, masterisé par Julien Louvet, le disque repose sur une chaîne de production simple, efficace. Cela s’entend, le son est direct, sans surcharge aucune. Le choix fonctionne, mais impose aussi ses limites. Volontairement étroit, l’espace sonore renforce l’impact. Avec POLYTOXICOMANE DE TOI, Noir Boy George pousse encore un peu plus loin une écriture de la tension et du manque. Le disque ne cherche pas à séduire, et c’est sa force, à condition d’accepter qu’il laisse autant de traces qu’il laisse de zones en suspens.


