Artwork cover de la compilation Places for Peace

Le label Home Normal sort une compilation pour venir en aide aux enfants d’Ukraine

10 min de lecture
Démarrer

Ukraine : le label Home Normal présente Places for Peace, une compilation ambient dont les bénéfices seront versés à un programme d’aide aux enfants victimes de la guerre… Ian Hawgood répond à nos questions

Le label Home Normal compte plus de 100 albums à ce jour. Avec cette nouvelle sortie, Ian Hawgood décide de contribuer à l’effort de paix en proposant pas moins de 48 titres. La compilation, qui est affichée en prix libre, sort le vendredi 4 mars 2022, soit un jour où Bandcamp ne prend pas de commission sur les ventes, notez aussi que tous les bénéfices de Places for Peace seront reversés au programme d’aide de l’UNICEF !

Questions/Réponses avec Ian Hawgood

Photo en extérieur de l'artiste Ian Hawgood, par le photographe Sam Liu
Ian Hawgood © Sam Liu

Fondé en décembre 2008 et lancé en mars 2009 à Tokyo, Home Normal est désormais dirigé depuis Brighton au Royaume-Uni. Ce label édite de la musique minimale, aux confins du post-classique, de l’ambient expérimental, drone et electronica. La photo de l’album Places for Peace est signée par le musicien Stijn Hüwels, cette compilation est également mastérisée par Ian Hawgood, dont on parlais récemment pour l’album Woven Songs, il répond à nos questions…

Houz-Motik. Il est évident qu’il n’est pas nécessaire d’avoir de la famille dans un pays en guerre pour se sentir proche des victimes, mais peut-être avez-vous produit des artistes d’Ukraine, quelles sont vos relations ?
Ian.Hawgood. J’ai eu beaucoup de chance de travailler en tant qu’artiste et ingénieur de mastering pour Hidden Vibes, un label de Kiev dont Oleksiy, le curateur, se trouve là-bas maintenant, nous sommes nombreux à souhaiter sa sécurité. Pendant de nombreuses années, ma femme et moi avons été enseignants internationaux et, pendant notre séjour à Varsovie, bien au-delà du constat qu’Home Normal suscitait de l’intérêt, nous nous sommes fait de nombreux amis de Kiev, avec qui nous sommes toujours en contact. Je ne peux pas m’empêcher de penser à eux, de vouloir savoir comment ils vont dans un moment si soudain, alors qu’il y a seulement quelques semaines, nous parlions de manière si normale…

H-M. Votre compilation comprend-elle également des artistes russes ? Si oui que vous ont-ils dit ? Sont-ils toujours en Russie ?
I.H. Non, mais nous avons de nombreux contacts en Russie pour lesquels j’ai travaillé au fil des ans. Il y a seulement deux semaines, j’étais invité à Moscou pour travailler comme ingénieur de mixage pour un orchestre et, maintenant, nous sommes dans cette situation… Je ne veux pas partager de noms, mais je connais des amis là-bas qui sont plus conscients des événements mondiaux que d’autres, et ils semblent profondément préoccupés par la situation actuelle. Ils y vivent tous encore et je ne pense pas qu’ils pourront déménager de si tôt. C’est une guerre qui a un impact profond sur les peuples des deux pays.

H-M. 48 titres, c’est une grosse compilation ! Comment l’avez-vous organisée ? Combien de temps vous a-t-il fallu pour entrer en contact avec les artistes pour enfin la sortir ?
I.H. Oui, c’était une surprise même pour moi ! La semaine précédente, j’étais parti m’isoler pour enregistrer mon prochain album, et je ne suis revenu aux nouvelles, ainsi qu’aux messages d’amis que lundi… Un des messages demandait si nous pouvions faire quelque chose pour aider d’une manière ou d’une autre. En tant que label, nous ne faisons généralement pas de compilations caritatives, et la dernière que nous avons faite était d’aider des associations caritatives locales au Japon après le tremblement de terre de Tohoku (nous vivions au Japon à cette époque).

J’ai ressenti cette même motivation, j’ai donc écrit à un certain nombre d’amis artistes à propos de l’idée de collecter des fonds avec une compilation. En raison du succès des vendredis Bandcamp (le premier de chaque mois), nous avons convenu du calendrier incroyablement serré du vendredi matin pour que tout soit mixé, masterisé et emballé. Compte tenu du délai serré, je m’attendais à ce qu’environ seulement 20 % des artistes répondent, mais presque tout le monde a répondu pour aider une cause aussi importante. Je n’ai pratiquement pas dormi depuis, et je suis maintenant au lit sur le point de dormir enfin après 4 jours !

Faites un don pour protéger les enfants en Ukraine

H-M. Les fonds récoltés sont dédiés pour le programme d’aide à l’enfance de l’Unicef. Pouvez-vous nous dire pourquoi vous avez choisi cette voie et surtout ce programme caritatif ?
I.H. Nous vivions au Japon pendant le tremblement de terre de Tohoku, et une zone très durement touchée était celle où ma femme avait vécu. Nous avons entendu parler de familles déchirées, et ma femme a directement vu l’impact que cela a eu lorsqu’elle est allée travailler là-bas à la fois pour rendre visite à de vieux amis et pour accompagner une association caritative pour les animaux. Nous avons fini par faire des dons réguliers à la Croix-Rouge, et nous voulions faire un don à un organisme de bienfaisance qui pourrait faire en sorte que les dons fonctionnent rapidement. Cela fait suite à une recommandation de mon ami Antony qui m’a envoyé un lien vers ce programme de l’UNICEF (Antony Harrison de Konntinent, ndlr).

H-M. Fela Kuti a dit un jour que “la musique est l’arme du futur”, bien que le contexte était alors assez différent, quelle est votre vision du pouvoir de la musique et des sons sur les humains ?
I.H. Eh bien je ne pourrais pas dire mieux que le grand Fela Kuti, et c’est en effet très différent. Mais le pouvoir de la musique englobe tout, et c’est la seule grande catharsis que nous ayons en tant qu’êtres créatifs. Cela nous relie si profondément de manière tacite, et peut être une cause de plus grande bonté à la fois individuellement et dans la société elle-même d’une manière que les mots seuls ne peuvent souvent pas. La musique est le grand brise-barrière.

H-M. L’humanité au 20e siècle, et au 21e, fait que ce monde évolue plus vite que jamais. Où allons-nous ?
I.H. Oh, je n’ai vraiment aucune idée. Les choses semblent plus extrêmes maintenant, n’est-ce pas ? Avec une dissonance cognitive de plus en plus large et époustouflante. Mais l’esprit humain est fort et heureusement, c’est quelque chose qui nous maintient “à peu près” ensemble. Je pense que la réaction aux événements en Ukraine met vraiment en évidence le combat que nous avons encore en nous pour rester humains et connectés.

H-M. L’humanité finira par disparaître de la terre, et tout porte à croire que pour l’instant, c’est à cause de nous, mais nous partirons néanmoins à cause du soleil mourant, dans quelques millions d’années… Alors, s’il ne fallait se souvenir que d’un son pour évoquer notre passage, lequel vous vient à l’esprit ?
I.H. Je dirait le bruit des vagues qui arrivent doucement sur le rivage. Je vis au bord de la mer, et c’est le seul son qui me manque vraiment chaque fois que je suis quelque part à l’intérieur des terres. Il m’apporte un sentiment de «chez moi» chaque fois que je l’entends.

Retrouvez le bruit des vagues, et de bien d’autres éléments de la nature, dans Places for Peace, la compilation caritative du label Home Normal en faveur des victimes en Ukraine.

Fondateur de Houz-Motik, coordinateur de la rédaction de Postap Mag et du Food2.0Lab, Cyprien Rose est journaliste indépendant. Il a collaboré avec Radio France, Le Courrier, Tsugi, LUI... Noctambule, il œuvre au sein de l'équipe organisatrice des soirées La Mona, et se produit en tant que DJ. Il accepte volontiers qu'on lui offre un café...

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

*

code

Artwork cover de You Need This par IF MUSIC
Article précédent

De disquaire à disquaire, If Music célèbre Klinkhamer Records

Les couleurs du drapeau de l'Ukraine
Prochain article

Artistes et labels se mobilisent en faveur des victimes de la guerre en Ukraine