Avec Mist, le violiste américain Mat Maneri referme une trilogie entamée il y a sept ans. Entre jazz contemporain, musique de chambre et improvisation libre, ce nouvel album ne cherche ni l’éclat ni la démonstration. Il préfère avancer à tâtons, comme on progresse dans un paysage où l’horizon reste invisible, mais où subsiste l’idée d’un lendemain possible
Dernier volet d’un triptyque amorcé avec Dust puis poursuivi avec Ash, Mist rassemble un quartet soudé de longue date autour de Mat Maneri. L’album jazz explore les thèmes de la mémoire, du deuil et de la réconciliation dans une écriture où composition et improvisation se confondent. Une œuvre exigeante et profondément humaine…
Le brouillard comme territoire intérieur

Ces dernières années ont laissé des traces. Sans jamais nommer explicitement les crises qui traversent notre époque, Mat Maneri les transforme en matière sonore. Mist n’est pas un disque de consolation. C’est un disque d’acceptation. Le brouillard du titre n’est pas un obstacle à franchir, mais un état dans lequel apprendre à avancer. Depuis toujours, le violiste américain construit un langage unique, situé à la frontière du jazz, de la musique contemporaine et de l’improvisation libre. Ici, cette identité atteint une forme de maturité. Les tensions des deux premiers chapitres semblent s’apaiser sans jamais totalement disparaître.
Un quartet devenu un organisme vivant
L’une des grandes forces de Mist réside dans la stabilité de son quartet. Le pianiste Lucian Ban, le contrebassiste John Hébert et le batteur Randy Peterson accompagnent Maneri depuis de nombreuses années. Cette confiance mutuelle permet une circulation permanente entre écriture et improvisation. Fait révélateur, Lucian Ban signe quatre des huit compositions. Cette ouverture du répertoire traduit l’évolution naturelle d’un groupe qui dépasse désormais la figure de son leader. Les morceaux respirent collectivement, chacun trouvant sa place sans chercher à domler l’espace.
« Being loved is not about pouring out yourself but about receiving. » – Mat Maneri
Des compositions qui racontent davantage qu’elles n’expliquent
Les titres donnent quelques clés sans enfermer l’auditeur. Through a Mist Darkly fait écho au film À travers le miroir d’Ingmar Bergman. Achlys emprunte son nom à la divinité grecque du brouillard funeste. Paul Motian rend hommage au célèbre batteur américain dont l’influence continue de traverser plusieurs générations d’improvisateurs. À l’inverse, Loved ou Missed se présentent comme des méditations plus intimes. L’émotion n’y passe jamais par l’emphase. Elle surgit dans un silence, un frottement d’archet, une respiration laissée volontairement ouverte.
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Une conclusion plus ouverte que résolue

Après Dust, qui interrogeait les fondements du jazz, puis Ash, consacré aux mécanismes de la mémoire et du deuil, Mist agit comme une forme de synthèse. Pas une résolution définitive, mais une manière d’accepter que certaines réponses restent incomplètes. Cette musique demande du temps. Elle refuse les effets immédiats pour privilégier l’écoute lente. Dans un paysage musical souvent dominé par l’urgence, Mat Maneri choisit au contraire la nuance, l’espace et le doute. C’est précisément cette retenue qui donne à Mist sa profondeur.
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