Depuis plus de 30 ans, Pete Herbert relie clubs, plages et festivals aux quatre coins du monde. Avec Far Flung, le DJ et producteur britannique transforme ces expériences en un album qui raconte les émotions qu’elles laissent derrière elles. Une électronique chaleureuse et profondément baléarique ; chaque morceau semble prolonger un paysage
Dans une époque où les producteurs publient souvent plusieurs EPs par an pour rester visibles, Pete Herbert prend le temps avec Far Flung. Derrière cette réédition enrichie se dessine une autre idée du voyage musical : non plus collectionner les influences, mais les laisser infuser jusqu’à former une identité. Une approche qui rappelle que la house et la culture baléarique continue d’évoluer bien au-delà d’Ibiza…
Le voyage comme méthode de composition

Le titre n’a rien d’anodin. Far Flung, littéralement « aux quatre coins du monde », rassemble des morceaux inspirés par les lieux, les personnes et les paysages croisés par Pete Herbert au cours des deux dernières décennies. Pourtant, l’album ne cherche jamais à reproduire une couleur locale ou une musique traditionnelle. Les voyages deviennent ici un filtre émotionnel. Les horizons marocains de Legzira Sunrise, les évocations maritimes de South Seas ou les climats méditerranéens de Dear Hector racontent davantage une sensation qu’un territoire précis.
L’héritage baléarique se réinvente
Depuis les années 80, la culture baléarique échappe aux définitions trop strictes. Elle privilégie les contrastes, les tempos souples, les influences multiples et une certaine liberté de programmation. Pete Herbert s’inscrit clairement dans cette filiation, mais sans céder au fétichisme vintage. House, dub, disco, ambient et rythmiques organiques cohabitent naturellement. Les nouveaux morceaux, Back To Bahia ou Havana Landing, conservent cette élégance où le groove reste toujours au service de l’atmosphère plutôt que de la démonstration.
« I like music that sounds good by a swimming pool, but also at three in the morning. »
– Pete Herbert
Une carrière loin des projecteurs
Malgré un patronyme identique, Pete Herbert n’a aucun lien avec Matthew Herbert, figure majeure de l’électronique expérimentale britannique. Là où ce dernier a fait de la recherche sonore son terrain d’expression, Pete Herbert s’est imposé dans un registre beaucoup plus hédoniste, entre house, disco et culture baléarique. Depuis l’ouverture d’Atlas Records à Soho dans les années 90 jusqu’à ses résidences à Londres, Paris, Madrid ou Bali, il a construit une carrière faite de clubs, de festivals et de voyages. Plus de 400 productions, remixes et collaborations témoignent d’un parcours qui s’est écrit sur les dancefloors du monde entier.
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À contretemps de l’économie du streaming

L’un des aspects les plus intéressants de Far Flung réside peut-être dans son rythme. L’album ne cherche ni l’efficacité immédiate ni le morceau calibré pour les playlists. Il privilégie les respirations, les longues transitions et une écoute qui s’installe progressivement. Ce choix rejoint une tendance discrète observée chez plusieurs producteurs house et baléariques : défendre encore le format album comme espace de narration.
Ce que raconte vraiment Far Flung ? Au-delà de ses qualités musicales, Far Flung interroge une question plus large : que reste-t-il du voyage dans une scène électronique devenue mondiale ? Pete Herbert répond sans discours. Ses morceaux montrent qu’après des années passées entre continents, l’essentiel n’est peut-être plus la destination, mais la manière dont chaque déplacement transforme peu à peu une écriture musicale. C’est sans doute là que réside la véritable force de cet album : rappeler que certaines œuvres continuent de se construire au rythme des rencontres plutôt qu’à celui des plateformes.

