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En vrai : faut-il un éthylotest numérique avant de publier ?

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Et si le problème n’était pas ce que nous publions, mais le fait que personne ne nous apprenne vraiment à publier ? Derrière l’idée volontairement provocatrice d’un « éthylotest numérique » se cache une question plus profonde : à l’heure où le Web a démocratisé l’accès à l’information, où les réseaux sociaux ont démocratisé la publication et où l’IA démocratise la production de contenus, avons-nous développé les compétences nécessaires pour exercer notre discernement ?

À travers la métaphore d’un « éthylotest numérique », cet article interroge notre rapport à la parole publique à l’ère du Web, des réseaux sociaux et de l’intelligence artificielle. Si ces technologies ont rendu l’information, la publication et la création accessibles à tous, l’éducation à leur usage semble avoir pris du retard. Vérifier, assumer, juger : trois compétences devenues essentielles pour évoluer dans un espace numérique où chacun peut désormais, parfois sans le vouloir, devenir un média…

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Illustration © Houz-Motik

Faut-il un éthylotest numérique avant de publier ?

L’idée m’est venue en plaisantant. Et si, avant de publier un message sur un réseau social, une application nous demandait simplement : « Êtes-vous vraiment en état de publier ? ». Non, pas seulement après quelques verres. Après une nuit trop courte. Après une dispute. Après une mauvaise nouvelle. Après un accès de colère. Ou après cette étrange euphorie que procurent parfois les réseaux sociaux eux-mêmes.

L’idée paraît absurde. Elle l’est probablement. Mais elle soulève une question plus sérieuse : « pourquoi considère-t-on qu’il est normal d’apprendre à conduire une voiture, mais pas à utiliser un outil capable d’influencer, en quelques minutes, des centaines, parfois des milliers de personnes ? ».

Nous avons rendu la publication accessible à tous. C’est une avancée démocratique majeure. En revanche, nous avons beaucoup moins réfléchi à ce que signifie publier dans un espace public devenu mondial, permanent et archivable. Pendant longtemps, prendre la parole publiquement demandait des moyens. Il fallait une estrade, un journal, une radio, une maison d’édition, une chaîne de télévision. Il existait des rédacteurs, des éditeurs, des secrétaires de rédaction. Des personnes qui relisaient, questionnaient, vérifiaient.

Aujourd’hui, un smartphone suffit. C’est une formidable conquête. Mais elle pose une autre question : « à partir de combien de personnes devient-on un média ? ». Un influenceur ? Un élu ? Un artisan ? Un étudiant ? Ou simplement n’importe lequel d’entre nous, le jour où un message devient viral ?

DAPO Code lde la Route
DR code de la route

Le vrai sujet n’est pas la publication. C’est l’apprentissage.

Le problème n’est peut-être pas que tout le monde puisse publier. Le problème est que nous avons démocratisé la publication plus vite que l’apprentissage de la publication. Au fond, cette histoire dépasse largement les réseaux sociaux. Depuis trente ans, nous faisons la même chose :

  • Le Web a démocratisé l’accès à l’information.
  • Les réseaux sociaux ont démocratisé la publication.
  • L’intelligence artificielle démocratise aujourd’hui la production de textes, d’images, de sons et d’idées.

À chaque fois, une nouvelle liberté apparaît.
À chaque fois, l’apprentissage arrive plus tard…

Révolution Ce qui devient accessible Ce qu’il reste à apprendre
Le Web Chercher Vérifier
Les réseaux sociaux Publier Assumer
L’IA Produire Juger

Nous distribuons des outils à l’échelle industrielle.
Nous enseignons leur usage à l’échelle artisanale.

L’éthylotest numérique n’est finalement qu’une métaphore. Il ne mesurerait pas un taux d’alcool. Il mesurerait peut-être quelque chose de plus difficile à détecter : notre capacité à exercer notre discernement avant de prendre la parole. Et si le véritable enjeu du XXIᵉ siècle n’était pas d’inventer des technologies toujours plus performantes… mais d’apprendre à les utiliser avec suffisamment de recul ?

Après tout, nous avons appris à conduire avant de prendre la route.
Peut-être est-il temps d’apprendre aussi à publier avant de prendre la parole.

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Fondateur de Houz-Motik, Cyprien Rose est journaliste et DJ. Il a été coordinateur de la rédaction de Postap Mag et du Food2.0Lab. Il a également collaboré avec Radio France, Le Courrier, Tsugi, LUI... Noctambule, il a œuvré au sein de l'équipe organisatrice des soirées La Mona.

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