LP Les Furtifs, émeute musicale [REM!XES]

Les Furtifs ne meurent jamais : Palo Alto rallume l’insurrection sonore

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Certaines œuvres refusent de s’arrêter à leur support d’origine. Sept ans après la publication du roman Les Furtifs d’Alain Damasio, Palo Alto prolonge cette matière vivante avec Les Furtifs, émeute musicale [REM!XES]. Huit artistes issus de l’avant-garde électronique française s’approprient les compositions créées pour le spectacle mêlant lecture, musique et performance. Le résultat dépasse largement le cadre du remix : il devient une nouvelle manière d’habiter l’univers imaginé par Damasio

Avec Les Furtifs, émeute musicale [REM!XES], Palo Alto signe bien plus qu’un disque de remixes. Le trio prolonge une aventure artistique commencée avec Alain Damasio en réunissant plusieurs générations de la scène expérimentale française autour d’une même œuvre. Une publication qui rappelle que certaines rencontres entre littérature et musique produisent des objets rares, capables de vivre bien au-delà de leur contexte d’origine…

Quand la science-fiction sort des pages

Photo palo alto
© Palo Alto

En 2019, Alain Damasio publie Les Furtifs, un roman qui interroge la surveillance, l’effacement progressif des espaces communs et la capacité de l’être humain à rester insaisissable. À l’occasion du festival Oh les beaux jours !, à Marseille, l’écrivain invite Palo Alto à transformer cette réflexion en expérience scénique. Ce qui devait rester une création ponctuelle prend rapidement de l’ampleur. Le spectacle circule en France, notamment à La Maroquinerie, où il est enregistré. Deux publications en naissent aujourd’hui : un album live et ce disque parallèle, pensé comme son prolongement naturel.

Le remix comme acte d’interprétation

Ici, le remix ne cherche jamais à produire une version plus dansante ou plus spectaculaire. Chaque invité propose sa propre lecture du matériau d’origine. Ptôse, Pacific 231, Judith Juillerat, Herb Duncan, Norscq, Thierry Zaboitzeff, Lefdup & Lefdup et Electronicat viennent d’horizons différents, mais partagent un goût commun pour les territoires où l’électronique dialogue avec le bruit, les cordes, les textures industrielles ou les constructions plus abstraites. Le résultat forme un ensemble superbe et, étonnamment, cohérent. Les atmosphères changent, les rythmes se déplacent, mais une même tension traverse l’album : celle d’une musique qui préfère suggérer.

« Les livres sont des machines à fabriquer des devenirs. »

– Alain Damasio

Une mémoire discrète de l’underground français

Depuis la fin des années 80, Palo Alto avance sans jamais vraiment appartenir à une scène précise. Le trio parisien construit son parcours par affinités successives, multipliant les collaborations avec Scanner, Simon Fisher Turner, Richard Pinhas, Rhys Chatham, J.G. Thirlwell ou encore les membres de Tuxedomoon. Le groupe avait déjà rendu hommage à Coil, revisité Half-Mute de Tuxedomoon avec les musiciens historiques du groupe américain, participé à un projet autour de The Residents, puis consacré un album au philosophe Gilles Deleuze. Cette trajectoire éclaire la cohérence du projet Les Furtifs. Il ne s’agit pas d’un simple hommage à Damasio, mais d’une nouvelle étape dans une histoire où littérature, philosophie, arts graphiques et musique expérimentale dialoguent depuis longtemps.

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Un objet éditorial autant qu’un disque

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Palo-Alto Palo-Alto © Gilles Benejam

Le soin apporté à l’édition confirme cette ambition. Le vinyle paraît dans une pochette ouvrante illustrée par Kiki Picasso, figure majeure du collectif Bazooka, tandis qu’un texte inédit d’Alain Damasio accompagne l’écoute. Le mastering est confié à Norscq, dont le travail participe à l’unité sonore de l’ensemble. À une époque où le remix est souvent réduit à un outil de promotion ou d’exploitation des catalogues, Les Furtifs, émeute musicale [REM!XES] rappelle qu’il peut encore devenir un véritable espace de création. Ici, chaque morceau conserve une part de son identité tout en acceptant de disparaître pour renaître autrement. Une idée qui, finalement, n’aurait sans doute pas déplu aux Furtifs eux-mêmes.

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Fondateur de Houz-Motik, Cyprien Rose est journaliste et DJ. Il a été coordinateur de la rédaction de Postap Mag et du Food2.0Lab. Il a également collaboré avec Radio France, Le Courrier, Tsugi, LUI... Noctambule, il a œuvré au sein de l'équipe organisatrice des soirées La Mona.

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