L’histoire de la techno s’écrit souvent à travers quelques noms devenus mythiques : Juan Atkins, Derrick May, Kevin Saunderson, Jeff Mills ou Mike Banks. Certaines figures essentielles sont pourtant restées dans l’ombre. John « Jammin » Collins, disparu à la fin du mois de juillet, appartenait à cette catégorie. DJ, homme de radio, organisateur, ambassadeur d’Underground Resistance, passeur de mémoire et guide du premier musée consacré à la techno, il a consacré sa vie à raconter Detroit autant qu’à la faire danser
Avec la disparition de John « Jammin » Collins, la scène électronique perd bien davantage qu’un DJ. Pendant près de 50 ans, il a participé à construire l’écosystème de la techno de Detroit : derrière les platines, dans les radios, auprès d’Underground Resistance, mais aussi en transmettant l’histoire d’une musique née d’un contexte social, industriel et culturel unique. Son parcours rappelle que les scènes musicales vivent autant grâce à leurs créateurs qu’à celles et ceux qui en préservent la mémoire…
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Les années fondatrices
John Collins commence à mixer à la fin des années 70, Detroit n’est pas encore identifiée comme la capitale mondiale de la techno. Après le déclin de son industrie automobile, la ville cherche un nouveau souffle tandis qu’une génération de DJs explore les croisements entre funk, disco, électro européenne et expérimentations électroniques. Au début des années 80, Collins devient résident du Cheeks Nightclub aux côtés d’un jeune en devenir, Jeff Mills. Ses émissions sur WJLB puis WDRQ contribuent ensuite à diffuser cette nouvelle esthétique sonore bien avant qu’elle ne trouve un écho international. Son surnom, « Jammin », naît d’ailleurs derrière le micro, dans cette période où la radio reste l’un des principaux vecteurs de découverte musicale.
Le bâtisseur de l’ombre
Contrairement à beaucoup de pionniers, Collins ne cherche jamais à devenir une star. Son influence s’exerce ailleurs. Au fil des années, il participe à la création de Premier Entertainment, l’une des toutes premières structures dédiées à la représentation des artistes techno de Detroit. En 1994, il lance la Detroit Regional Music Conference afin d’offrir à la ville son propre rendez-vous professionnel, à une époque où l’industrie musicale regarde surtout vers New York et Miami. Quelques années plus tard, son engagement auprès de Submerge Recordings et d’Underground Resistance devient central. Pendant plus de deux décennies, il accompagne Mike Banks et l’équipe du label dans des fonctions aussi diverses que l’administration, l’organisation, les relations internationales ou l’accueil des visiteurs. Invisible vu de l’extérieur, cette activité se révèle particulièrement déterminante pour la pérennité de l’un des collectifs les plus influents de l’histoire de la musique électronique.
« We have lost a true, relentless soldier of the underground. John Collins did it all. An ambassador for Detroit in every way. »
– Underground Resistance, 27 juillet 2026.
Celui qui racontait la techno
L’une des contributions les plus singulières de John Collins reste Exhibit 3000, considéré comme le premier musée consacré à la techno. Pour les visiteurs venus du monde entier, Collins n’était pas un simple guide. Il replaçait cette musique dans son véritable contexte : celui d’une ville marquée par les luttes sociales, les mutations industrielles, les radios communautaires, les clubs de quartier et la créativité afro-américaine. Ses visites faisaient dialoguer les machines, les disques et l’histoire de Detroit, rappelant que la techno ne s’est jamais résumée à une succession de tubes ou de performances en club. Cette dimension pédagogique est sans doute son héritage le plus durable.
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Quand une scène protège sa mémoire
Ces derniers jours, les hommages venus de Detroit Techno Militia, d’Underground Resistance et de nombreux artistes convergent vers une même idée : Collins incarnait un lien. Un lien entre les pionniers et les nouvelles générations. Entre la scène locale et le reste du monde. Entre une musique devenue globale et la ville qui l’a vue naître. À l’heure où la techno est souvent réduite à une esthétique ou à une industrie, son parcours rappelle une évidence : une culture ne survit pas uniquement grâce à ses artistes les plus célèbres. Elle perdure parce que certains choisissent aussi de transmettre son histoire, de défendre ses valeurs et d’en préserver la mémoire collective. Le décès de John « Jammin » Collins laisse un vide difficile à mesurer. Son nom restera peut-être moins célèbre que celui des grands architectes de la techno de Detroit. Son parcours rappelle cependant qu’aucune scène culturelle ne se construit sans ses passeurs. Ceux qui relient les générations, documentent les récits et donnent aux musiques une profondeur que les seuls succès discographiques ne peuvent raconter.


