Artcover de l'album Let The Morning Come de Sir Was

sir Was renaît avec son troisième album, “Let The Morning Come”

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Let The Morning Come est l’album d’une renaissance, celle de Joel Wästberg, aka sir Was. Un disque remarquable, sorti le 15 Octobre 2021

Malgré la tristesse d’une confrontation à sa propre mortalité – sir Was est porteur du gène d’une maladie héréditaire rare provoquant de multiples accidents vasculaires cérébraux – le musicien donne aux auditeurs de l’espoir, la vie dans le sens le plus vrai du terme. Méditant sur l’amour, la croissance, l’acceptation de soi, le pardon, la mortalité et le temps qui passe, Let The Morning Come contient son écriture la plus franche, magnifiquement doux-amer. 

sir Was, l’histoire d’une renaissance

2020 devait être une grande année pour Joel Wästberg aka sir Was. Après Holding on to a Dream (2019), son deuxième album, le multi-instrumentiste suédois allait assurer la première partie de Little Dragon à travers l’Europe et les États-Unis lorsque la pandémie s’est imposée. Il décide alors de consacrer toute son énergie à l’écriture, mais en août 2020 des tests révèlent qu’il est porteur du gène d’une maladie héréditaire rare provoquant de multiples accidents vasculaires cérébraux…

Au début, j’étais très triste et effrayé, mais dans le même temps, c’était comme si tous les autres soucis que je portais n’avaient soudainement plus d’importance. Je viens alors d’avoir ce sentiment très intense d’être en vie.

Né à Frillesås – petit village sur la côte ouest Suédoise – Wästberg manifeste un vif intérêt pour la musique dès son plus jeune âge, s’imprégnant de la collection de disques de ses parents : Stevie Wonder, The Beatles ou encore Led Zeppelin… Il commence le violoncelle à l’âge de huit ans puis le saxophone deux ans plus tard. Avec pour héros Charlie Parker, il pratique avidement, dans l’espoir d’être un musicien de jazz professionnel. À 18 ans, il obtient une place dans l’une des folkhögskola les plus prestigieuses de Suède et étudie le jazz à l’université de Göteborg.

Seulement, à mi-chemin de ces études, l’artiste a une révélation. “J’ai eu cette impression : pourquoi est-ce que je fais ça ? J’avais atteint un point où je pouvais jouer toutes ces choses compliquées, j’étais un jeune saxophoniste prometteur, mais jouer du jazz me paraissait soudainement inutile. À 17 ans, j’ai entendu le Voodoo de D’Angelo, mon esprit fut immédiatement époustouflé, je pensais que le jazz était la seule chose à faire et, tout d’un coup, je ne voulais plus du tout pratiquer le saxophone”.

Wästberg utilise alors les espaces de jeu de l’université pour s’initier à la batterie. Il s’inscrit à divers cours de composition classique et élargit ses habitudes d’écoute, se plonge dans les travaux de John Cage, mais aussi dans ceux d’artistes africains, comme Oumou Sangaré, Thomas Mapfumo et Danyèl Waro. Fortement inspiré par ce dernier, il s’inscrit à un programme d’échange avec l’Université du Kwasulu-Natal en Afrique du Sud, puis passe six mois à enseigner à Durban, s’immergeant dans la scène musicale locale et voyageant au Mozambique et au Zimbabwe.

sir Was, artiste singulier, éminent parcours

À la fin de ses études, de retour à Göteborg, il navigue entre plusieurs emplois et joue quelques concerts jusqu’à ce qu’il soit approché par José González – qu’il connaissait grâce à son amitié avec Yukimi Nagano de Little Dragon – González l’invite à jouer dans sa formation Junip. Wästberg devient un musicien de tournée à plein temps, il réalise le souhait de toute une vie, mais le groupe s’arrête en 2014. Wästberg souhaite alors réaliser un autre rêve…

“Soudain, il n’y avait plus de tournées, mon compte en banque diminuait. C’est aussi l’époque où j’ai rompu avec ma petite amie, c’était comme : mais qu’est-ce que je fais ? J’ai alors réalisé que j’avais envie de sortir ma propre musique parce que, pendant tout ce temps, j’avais composé ma propre musique, remontant des parties dans GarageBand et Logic.”

Avec les encouragements de ses amis de Little Dragon, il envoie ses chansons à des maisons de disques et reçoit rapidement les éloges de Peanut Butter Wolf, fondateur de Stones Throw (Madlib, J Dilla…), avant de finalement signer avec le label allemand City Slang. Salué pour sa fusion de rythmes panafricains, funk, electronica et jazz, son premier album, Digging A Tunnel (2017) est reconnu comme “un désordre d’ingénierie de précision”, suivi par le non moins brillant Holding on to a Dream (2019).

 

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sir Was, urgence et écriture

Wästberg connaît ses tendances perfectionnistes et sa peur du jugement des autres, et assumes le fait qu’il n’a jamais entamé de carrière solo avant l’âge de 35 ans à cause de cela : « J’ai un peu honte de l’admettre, mais je me sens désormais si fort que je dois être vraiment génial. Je suis très motivé. Je ressens un certain besoin de me prouver, ainsi qu’au monde, que je suis bon.”

Nouvelle étape de son évolution, Let The Morning Come, un album auto produit avec des mélodies oniriques à partir d’arrangements non conventionnels. S’appuyant sur les sons luxueux du chef-d’œuvre de Marvin Gaye, What’s Going On, et utilisant une palette éclectique qui englobe des polyrythmies complexes, des harmonies de flûte à bec médiévales, et le soupir langoureux d’un orgue Hammond d’occasion, Wästberg condense son écriture pour évoquer l’immédiateté de la musique de sa jeunesse

Les Beatles pouvaient écrire une chanson de 3 minutes 10 secondes et c’était comme si quelque chose de fou venait de se passer, mais, c’est juste une chanson que vous pouvez jouer à la radio. Je ne me compare pas aux Beatles mais, dans mon processus, je vise à éliminer toutes les choses inutiles afin de fabriquer ces joyaux.

Les titres de ses chansons évoquent l’urgence, Before The Morning Comes, mais aussi I Don’t Think We Should Wait ou encore Time To Let It Out. Pour lui, le temps est essentiel, particulièrement depuis son accident vasculaire cérébral de janvier 2021, alors que l’album était “complet à 99%”. Cette expérience renforce sa détermination à saisir toutes les opportunités possibles, et à vivre sa vie de manière authentique, sans peur…

“Je débattais de ces thèmes, mais j’ai réalisé que je mentirais si je n’en parlais pas. Bien sûr, c’est une chose très personnelle et j’espère vraiment avoir réussi à écrire des chansons qui ne parlent pas de moi et de ma situation spécifique… Parce que je veux dire, tout le monde traverse beaucoup d’épreuves qui changent la vie. Et il y aura toujours du combat. Surtout, j’espère juste que les gens apprécient les grooves.”

Les grooves sont présent en abondance, l’album est sincère, un délice.

Artcover de l'album Let The Morning Come de Sir Was

Antoine Brettman est un bricoleur d'images... Ses œuvres s'inscrivent dans le courant de l’art vidéo, dans la réappropriation d'œuvres audiovisuelles, dans l'exploitation de la virtualité des images pour confronter au monde réel son recyclage d'histoires...

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