LP The Creator

Pour Inkswel, créer, c’est réunir les bonnes personnes

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Avec The Creator, publié le 14 août sur Apparel Music, Inkswel retrouve un terrain qu’il connaît particulièrement bien : celui où house, soul, broken beat et hip-hop cessent d’être des catégories pour devenir un langage commun

Il suffit de regarder la discographie de Jules Habib, alias Inkswel, pour comprendre que le producteur australien aime travailler à plusieurs. Lee Scratch Perry, Talib Kweli, Steve Spacek, Georgia Anne Muldrow, Amp Fiddler ou Colonel Red ont croisé sa route au fil d’une production particulièrement foisonante. Son dernier album, The Creator, prolonge cette méthode : construire le morceau, puis laisser d’autres personnalités y entrer et le déplacer ; Alice Payne, Willie Dynamo, Colonel Red, Lizzie Bradley et Leonard Charles participent à un disque collectif et généreux. Une manière assez juste, finalement, de comprendre ce titre car, ici, le créateur n’est pas nécessairement celui qui occupe toute la place…

Le groove avant l’étiquette

Il Inkswel
© Inkswel

Inkswel vient du hip-hop et du b-boying. Avec le temps, son vocabulaire s’est élargi au funk, à la soul, au disco puis à la house. Cette histoire reste perceptible dans son nouvel album, The Creator. Le morceau-titre, avec Alice Payne et Willie Dynamo, fonctionne d’abord par sa pulsation et son naturel. Le Late Nite Club Mix l’étire vers le dancefloor, sans toutefois transformer le morceau en exercice de style. Si la version originale se montre plus directe, l’instrumental permet d’entendre autrement le travail rythmique et les détails de production. Trois lectures d’une même idée, plutôt que de simples doublons destinés à remplir la tracklist. Cette façon de circuler entre les styles appartient depuis longtemps à la musique d’Inkswel. Lui-même expliquait avoir commencé dans la scène hip-hop d’Adélaïde avant de chercher du côté des musiques liées à la danse, puis de remonter vers leurs racines funk, soul et disco. Une curiosité qui explique sans doute pourquoi ses disques peuvent passer d’un club house à une émission de soul sans réellement changer de costume.

Plusieurs voix, un même disque

Cry For Mount Lebanon déplace sensiblement le centre de gravité. Plus cinématique, plus contemplatif, le morceau ouvre une respiration dans un disque qui aurait facilement pu se contenter d’aligner les grooves. Puis Colonel Red apparaît sur Stand Out In The Crowd. Les deux hommes se connaissent assez bien : leur collaboration a notamment donné Holders Of The Sun Vol. 1 en 2022. La voix de Colonel Red apporte ici ce grain soul immédiatement reconnaissable, tandis qu’Inkswel maintient derrière lui une mécanique plutôt souple et jamais chargée. Fig Leaf, avec Lizzie Bradley et Leonard Charles, choisit encore une autre température. Plus doux, plus sensuel, le morceau montre surtout que The Creator ne cherche pas l’uniformité. Les invités ne viennent pas simplement chanter sur des productions élaborées : leur présence modifie parfois la couleur et la direction des morceaux.

« I try and be a vessel for whatever happens. »

– Inkswel (Apparel Music, 2021)

Le producteur en chef d’orchestre

C’est probablement là que se trouve la qualité principale du projet. Inkswel n’a jamais vraiment construit son identité autour d’une signature sonore facile à reconnaître en quelques secondes. Sa cohérence vient davantage d’une manière de faire : connecter des cultures musicales, des générations et des musiciens. Il l’expliquait d’ailleurs à Apparel Music à propos de sa collaboration avec Andre Espeut : « I try and be a vessel for whatever happens. » Une phrase qui pourrait servir de sous-titre à The Creator. Le producteur établit un cadre, provoque une rencontre, puis accepte que la musique prenne une direction qu’il n’avait pas nécessairement prévue. Cette conception explique aussi la présence de plusieurs instrumentaux. Débarrassés des voix, Creator, Stand Out In The Crowd et Fig Leaf laissent apparaître l’ossature : batteries, basses, espaces, petits mouvements rythmiques. Ils rappellent qu’avant les invités et les chansons, Inkswel pense encore comme un DJ et un beatmaker.

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Une vieille idée toujours efficace

Photo Inkswel
© Inkswel

Dans une production électronique qui tend parfois à transformer la collaboration en argument de communication, The Creator défend quelque chose de plus élémentaire : faire de la musique avec les autres parce que leur présence change réellement la musique. Le disque ne révolutionne pas le vocabulaire qu’Inkswel développe depuis des années. Ce n’est d’ailleurs probablement pas son ambition. Il en propose plutôt une synthèse compacte : soul, house, broken beat, hip-hop et culture du beat s’y croisent sans que l’une prenne définitivement le dessus. Avec ce nouveau disque, Inkswel poursuit donc une manière très personnelle de mettre les musiques et les gens en relation. Si l’album rejoint une discographie déjà vaste, il rappelle aussi ce qui fait cohérence : une culture DJ, le goût du rythme et une conception profondément collective du studio. À l’heure où produire seul n’a jamais été aussi simple, Inkswel rappelle que créer peut toujours se faire en ouvrant la porte.

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