Le beatmaker Bugseed n’a jamais caché son goût pour les textures poussiéreuses, les boucles introspectives et les paysages instrumentaux hérités du hip-hop underground. Avec Heavy Smoke Garden EP, il s’aventure sur un terrain plus imprévisible aux côtés de Hitokilli Chiang-Shih, artiste inclassable passé par le nu metal, le math rock, le horrorcore, le collage et la cérémonie du thé. Une rencontre improbable qui produit l’un des objets les plus singuliers de ce début d’été
Paru le 10 juin 2026, Heavy Smoke Garden EP réunit Bugseed et Hitokilli Chiang-Shih autour d’un projet né d’une session dans le studio du producteur à Chiba. Entre beats lo-fi, hip-hop underground japonais, synthétiseurs brumeux et rap hanté, l’EP brouille les frontières entre beat tape instrumentale et disque de rap expérimental…
Une rencontre loin des algorithmes

L’histoire de Heavy Smoke Garden EP commence grâce au rappeur Lain, originaire de Nagasaki, qui met en relation les deux artistes. D’un côté, Bugseed, figure reconnue du beatmaking japonais indépendant, nourri par le boombap des années 1990, les samples soul et le hip-hop instrumental. De l’autre, Hitokilli Chiang-Shih, personnage difficile à résumer, à la fois rappeur, beatmaker, vidéaste et artiste de collage. Leur rencontre aurait pu rester une simple session de studio. Elle devient finalement un véritable projet commun.
Des beats sous la brume
Musicalement, l’EP repose sur un équilibre intéressant. Les productions conservent la chaleur organique qui caractérise souvent le travail de Bugseed : batteries souples, boucles granuleuses, basses discrètes et atmosphères enfumées. Mais l’arrivée de Hitokilli Chiang-Shih modifie sensiblement le paysage. Les synthétiseurs apportés lors de la session ouvrent des espaces plus étranges, parfois presque psychédéliques. Certaines textures semblent flotter entre rêve et cauchemar, renforçant le caractère légèrement inquiétant des morceaux. Cette tension donne au disque une personnalité immédiatement identifiable.
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L’ombre du horrorcore
Si le terme horrorcore apparaît dans la biographie de Hitokilli Chiang-Shih, il ne faut pas s’attendre ici à une démonstration caricaturale du genre. L’influence se manifeste davantage par une atmosphère. Une manière de faire surgir des images étranges, de cultiver le décalage et de laisser planer une légère menace derrière les rythmiques. Après avoir traversé le Japon à pied, vécu un mois dans les rues d’Amsterdam et effectué le pèlerinage des 88 temples de Shikoku, Hitokilli Chiang-Shih semble avoir conservé de ses expériences le goût des chemins de traverse. Cette trajectoire atypique irrigue discrètement Heavy Smoke Garden EP, dont les morceaux avancent souvent à la frontière du rêve, de l’errance et de l’expérimentation. Les interventions vocales du rappeur s’intègrent parfaitement à cet environnement sonore. Lain vient compléter plusieurs titres en apportant un contrepoint qui enrichit encore l’ensemble.
Le Japon souterrain

Ce qui rend Heavy Smoke Garden EP particulièrement attachant, c’est son absence totale de calcul. Le disque ne cherche ni à séduire les playlists internationales ni à reproduire les recettes du lo-fi hip-hop devenu omniprésent sur les plateformes. Il reste profondément ancré dans une culture underground japonaise où l’expérimentation conserve encore une place centrale. Les remixes réalisés par Bugseed prolongent d’ailleurs cette logique en proposant différentes lectures du même matériau plutôt qu’une simple déclinaison fonctionnelle. La formule promotionnelle résume finalement assez bien le projet. Heavy Smoke Garden EP est effectivement une rencontre atypique, mais surtout une rencontre réussie. Un disque modeste par sa durée, mais riche en détails, qui rappelle que les meilleures collaborations naissent souvent d’une simple session entre artistes partageant la même curiosité pour les territoires encore inexplorés.


