Depuis 2020, le musicien Akira Uchida et le photographe Masao Yamamoto construisent une œuvre à deux voix, quelque part entre le livre d’art, l’objet sonore et la méditation sensorielle. Après la lumière de Sasanami et les ombres de Kurayami, Nusa clôt cette trilogie en explorant un territoire où les contraires cessent de s’opposer pour apprendre à coexister
Paru le 28 mai 2026 chez IIKKI, Nusa est à la fois un livre photographique et un album. Fruit d’un dialogue entre les images de Masao Yamamoto et les compositions d’Akira Uchida, le projet s’enracine dans les paysages hivernaux de Hokkaido et propose une expérience qui se découvre autant avec les yeux qu’avec les oreilles. Une œuvre ambient délicate où la nature, le temps et la matière deviennent les véritables protagonistes…
Une trilogie qui cherche l’équilibre

L’histoire de Nusa commence bien avant sa publication. Depuis plusieurs années, IIKKI réunit photographes et musiciens autour d’œuvres pensées comme des conversations artistiques plutôt que comme de simples collaborations. Avec Akira Uchida et Masao Yamamoto, le dialogue s’est progressivement transformé en trilogie. Sasanami explorait la lumière. Kurayami s’enfonçait dans l’obscurité. Nusa revient aujourd’hui vers un espace plus ambigu, où les deux dimensions s’entremêlent. Ce troisième chapitre ne cherche pas la synthèse parfaite. Il s’intéresse davantage aux zones intermédiaires, à ces moments où les oppositions deviennent complémentaires.
Hokkaido comme chambre d’écho
Au début de l’année 2026, les deux artistes se rendent sur l’île d’Hokkaido afin d’enrichir le projet par de nouvelles photographies et des enregistrements de terrain. La glace, le vent, les craquements imperceptibles de la matière et l’immensité des paysages nordiques deviennent des éléments constitutifs de l’œuvre. Ces captations ne servent pas de décor. Elles participent directement à la composition. Chez Uchida, le son conserve toujours une dimension artisanale. Formé au saxophone, accordeur de pianos, facteur de clavicordes et créateur d’instruments, il entretient une relation presque physique avec les matériaux sonores. Chaque vibration semble reliée à une matière, un lieu ou un geste.
« Making instruments, tuning sounds, being a musician, this flow is essential for me to see the world. » – Akira Uchida
Entre photographie et écoute lente
Les photographies de Masao Yamamoto prolongent cette approche. Depuis plusieurs décennies, l’artiste japonais construit une œuvre fondée sur la mémoire, la fragilité et l’attention portée aux détails les plus discrets. Ses images, souvent de petit format, invitent à ralentir le regard. Elles ne décrivent pas un paysage. Elles en suggèrent la présence. Une branche, une texture, une lumière diffuse deviennent les fragments d’un récit ouvert. Cette sensibilité trouve un écho naturel dans les compositions d’Uchida. Les deux artistes semblent partager une même fascination pour les traces, les silences et les espaces laissés volontairement vacants.
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Une œuvre à habiter

IIKKI insiste d’ailleurs sur un point essentiel : Nusa n’est pas un disque accompagné d’un livre, ni un livre accompagné d’un disque. Le projet a été conçu pour exister selon plusieurs modes d’expérience. Le livre peut être découvert seul. La musique peut être écoutée indépendamment. Mais c’est dans leur rencontre que l’œuvre révèle pleinement sa richesse. La présence du comédien et acteur de théâtre nô Tatsunori Kongo sur certaines pièces ajoute encore une profondeur supplémentaire à cet ensemble déjà traversé par les notions de temps, de transmission et de résonance. Avec Nusa, Akira Uchida et Masao Yamamoto ne cherchent ni le spectaculaire ni l’immédiateté. Ils proposent plutôt un espace de contemplation où les images, les sons et les paysages semblent respirer ensemble. Une œuvre discrète, mais dont les échos continuent de se déployer longtemps après avoir refermé le livre ou arrêté la musique.


