LP The King of Misery (Deluxe Album)

Daudi Matsiko rouvre des blessures pour mieux rappeler qu’on peut en sortir

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Deux ans après sa parution, The King of Misery revient dans une édition numérique enrichie. Plus qu’une simple réédition, ce premier album du musicien ougando-britannique Daudi Matsiko rappelle qu’une œuvre profondément intime peut continuer à résonner longtemps après sa sortie. Entre folk dépouillée, confession sans filtre et fragile espoir, ce disque demeure l’un des témoignages les plus sincères de ces dernières années

En proposant une version deluxe accompagnée du film Live at Metronome, Daudi Matsiko invite à redécouvrir un album qui ne cherche jamais l’effet dramatique. Il raconte la dépression, le trouble bipolaire, le traumatisme racial et la reconstruction avec une retenue rare : une œuvre folk qui gagne encore en force avec le temps…

Lumière sur un disque discret

Photo Daudi Matsiko
© Daudi Matsiko

Certaines rééditions célèbrent un anniversaire. D’autres rappellent simplement qu’un disque mérite une seconde écoute. C’est le cas de The King of Misery. Parue le 19 juillet 2026, cette édition numérique enrichie ajoute l’accès au film Live at Metronome tout en remettant en avant le premier album publié en 2024 sur le jeune label Really Good, avec le soutien d’Albert’s Favourites. À l’écoute, rien ne semble chercher la démonstration. Une guitare acoustique, quelques cordes, un saxophone qui apparaît avec parcimonie, des harmoniums, des voix proches : tout est construit autour d’une présence presque fragile.

Transformer la souffrance en récit

Le cœur du disque réside dans son honnêteté. Daudi Matsiko évoque ouvertement la dépression, son trouble bipolaire et les blessures liées au racisme. Mais il refuse de transformer ces expériences en identité artistique ou en argument promotionnel. L’artiste explique lui-même que la réalisation de l’album correspond à un passage « de la culpabilité vers la gratitude ». Cette trajectoire traverse les dix morceaux, de Guilt jusqu’à I Am Grateful for My Friends, comme un lent déplacement intérieur davantage qu’une succession de chansons autobiographiques.

« Moving from guilt to gratitude. »

– Daudi Matsiko, à propos de la création de The King of Misery.

Des collaborations qui restent au service des chansons

Autour de Matsiko gravitent plusieurs musiciens qui enrichissent discrètement les arrangements. Alice Robbins au violoncelle, Roger Doxatt-Pratt au saxophone, Nick Blacka du trio GoGo Penguin à la contrebasse ou encore Keaton Henson, cosignataire du morceau-titre, interviennent sans jamais détourner l’attention du propos. Le mixage d’Adam Scrimshire et le mastering de Guy Davie privilégient eux aussi la proximité plutôt que la démonstration technique. Chaque respiration, chaque silence participe à cette impression d’écoute presque confidentielle.

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Un disque qui tend la main

Photo Daudi Matsiko
© Daudi Matsiko

L’un des aspects les plus marquants de cette réédition ne figure pas dans la musique elle-même, mais dans le texte qui l’accompagne. Daudi Matsiko y explique que si l’album peut conduire vers quelque chose de plus lumineux, il invite aussi toute personne traversant une période sombre à demander de l’aide, rappelant que les Samaritans l’ont lui-même accompagné durant cette période. Cette démarche éclaire autrement The King of Misery. Ce n’est pas un disque qui romantise la souffrance. C’est un disque qui affirme qu’elle peut être racontée sans être glorifiée, et qu’elle n’interdit jamais la possibilité d’un lendemain. À l’heure où la folk contemporaine se nourrit souvent d’introspection, peu d’albums trouvent un équilibre aussi juste entre vulnérabilité et retenue. Cette édition deluxe rappelle que certaines œuvres ne vieillissent pas : elles attendent simplement que de nouvelles oreilles viennent les rencontrer.

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