À force de revisiter les années 1990, la deep house pourrait tourner sur elle-même. DJ Alone Again fait parti de celles et ceux qui évitent cet écueil. Sur Orbital Constructs, son premier EP pour WOLF Music, ses quatre titres inspirés des traditions de Chicago et New York sont maîtrisés pour ne pas ressembler à de simples exercices de reconstitution
Installé à New York, le producteur DJ Alone Again s’est progressivement fait connaître par ses edits, ses mixes et plusieurs sorties publiées notamment chez YORE Records, House Salad Music ou Dobro. Son esthétique de la house repose sur des éléments éprouvés : accords chaleureux, lignes de basse profondes, batteries généreuses et nappes mélancoliques. Rien de révolutionnaire sur le papier. L’intérêt se trouve plutôt dans sa manière de laisser respirer les arrangements et de maintenir un équilibre entre efficacité physique et charge émotionnelle ; Orbital Constructs est dispo chez phonicarecords…
Dès Freedom of House, le cadre est posé. Une rythmique souple et légèrement sautillante soutient des accords enveloppants, tandis que des fragments vocaux féminins et une voix parlée célèbrent la liberté offerte par la musique. Le propos pourrait sembler convenu, mais il possède ici une origine intime : le morceau s’inspire d’un texte écrit en 1945 par la grand-mère du producteur, dans lequel elle décrivait la musique comme une forme de liberté partagée entre l’artiste et l’auditeur. Cette filiation donne un peu plus de profondeur à ce qui aurait pu n’être qu’une nouvelle déclaration d’amour à la house.
State of Flux poursuit dans une veine plus aérienne. Vibraphone, cordes synthétiques et accords nocturnes composent une house jazzy et mélodique, travaillée sans surcharge. C’est probablement le morceau le plus immédiatement séduisant du disque : tout y est familier, mais rien ne semble forcé.
Avec Horizontal Patterns, le groove devient plus dense. La basse s’épaissit, les percussions se superposent et un motif vocal répète l’idée d’un abandon au rythme. Le titre ne cherche pas à surprendre ; il resserre plutôt la formule jusqu’à atteindre cette zone où la répétition cesse d’être décorative pour devenir hypnotique. Enfin, In Your Orbit porte le disque vers une dream house plus flottante. Des flûtes éthérées circulent autour des voix et des accords, sans que la pulsation disparaisse jamais. DJ Alone Again ne choisit donc pas entre introspection et dancefloor : il organise leur cohabitation.
WOLF Music évoque les productions du label Guidance dans les années 1990. La comparaison est flatteuse, peut-être un peu facile, mais pas absurde. Orbital Constructs possède effectivement cette élégance profonde, mélodique et fonctionnelle qui permet à un morceau de house de survivre au-delà de sa saison de sortie. L’EP ne redéfinit pas le genre ; il rappelle avec précision pourquoi celui-ci continue de fonctionner.
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