Avec longform, Roxanne Harris, alias alsoknownasrox, fait du code une matière d’improvisation. Dix compositions et cinquante-cinq minutes au cours desquelles les instructions évoluent pendant leur exécution, dans un échange continu entre écriture, son et écoute
Sur une pulsation de 160 BPM, Roxanne Harris compose et transforme la musique en écrivant du code en direct. Les motifs reviennent, se modifient et sollicitent la mémoire de l’auditeur. Chaque pièce de longform emprunte son nom à un oiseau dont elle évoque le caractère sonore…
Une pulsation, plusieurs vitesses

Les dix compositions de longform partagent une trame à 160 BPM. Cette continuité laisse pourtant place à des changements de vitesse ressentie : la densité des événements, leur espacement et leur poids déplacent les repères à l’intérieur des morceaux comme entre eux. Les percussions sont articulées avec précision, comme la pression soutenue des basses et des couches de sons synthétisés ou enregistrés. L’organisation des éléments se construit à travers les instructions que Harris écrit et réécrit en direct.
Le code comme geste musical
Dans cette pratique de l’électronique, le code s’écrit à l’oreille. Une instruction fait naître un son ; ce qu’elle entend lui suggère déjà la suite. Elle déplace les accents, change les règles du jeu, glisse des gestes qui échappent à la régularité de la pulsation. Elle appelle cela runtime thought : une pensée qui prend forme dans le son et se précise à son contact. La composition avance au fil de ces échanges, attentive à l’accident, libre de suivre une intuition qui n’existait pas quelques secondes plus tôt ; la composition avance avec les possibilités de réaction et de bifurcation propres à l’improvisation.
« Écrire une intention, l’entendre prendre forme, puis décider à nouveau. »
– Roxanne Harris
Entendre ce qui revient
À chaque retour d’un motif, l’oreille retrouve quelque chose et découvre ce qui a changé. Le souvenir de la première écoute se mêle aux sons qui, depuis, se sont accumulés : un accent ressort, un détail prend de l’importance, une ressemblance s’estompe. Harris laisse à ces déplacements le temps de devenir sensibles. Ce qui semblait familier finit par nous conduire ailleurs, jusqu’à nous faire entendre autrement le début du chemin.
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Garder la trace des décisions

Certaines pièces prennent donc forme directement dans le code. Pour d’autres, Harris garde la mémoire de ses gestes : un outil conçu sur mesure en conserve l’ordre et le minutage, lui permettant de les rejouer au cours de nouvelles performances. Ces sessions se prolongent ensuite dans l’arrangement et le mixage. Chaque pièce reçoit un nom d’oiseau, choisi selon son timbre et la manière dont elle évolue. longform retient ainsi un état de cette musique, le temps d’un disque, avant qu’elle poursuive ses métamorphoses enchantées. Que les enfants, et leurs parents, peu réconciliés avec l’école se rassurent : il existe bien des façons de faire du son. Et même derrière un écran, tout commence par tendre l’oreille.



