Pochette du disque CMXLP1 de ALI X x XIMENA

ALI X x XIMENA

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Avant-première : ALI X (ex Azari & III) x XIMENA (Controlla.Mx) présentent le clip de Welcome To My World, extrait de leur album éponyme, où rap et techno latino-américaine entrent en fusion

Sorti au printemps 2020, le premier album éponyme de ALI X et XIMENA est un disque où se côtoient bricolages bruts, œuvres sonores abstraites et poésie radicale dans cette jungle, dense et colorée, qu’est la Dance Music. Initié à Mexico City en 2016, le duo développe sa rhétorique culturelle et emprunte à la techno au rap et au punk. Ce style, tranché au laser, net, comme la coupe brut d’un quartier accidenté, dévoile un puissant jus de rue, là où la révolte gronde.

Si leurs inspirations s’étalent de Luis Miguel à Plastikman et de Jean-Paul Sartre à John Paul Jones, ces deux punks techno rap-junkie se moquent éperdument du milieu culturel contemporain… Diffusé à partir de leur label d’origine CONTROLLA (con-troy-ya, argot de Mexico pour «avec Troy», une référence probable à la stratégie du cheval de Troie), l’album est accompagné d’une compotée avant-gardiste de remixes, d’un live bien énervé et de DJ sets pétillants ! Le duo, qui a répondu à quelques questions, vous propose de découvrir en avant-première leur vidéo de Welcome To My World.

Question / Réponse

Houz-Motik. Votre premier titre (en tant que ALI X x XIMENA) est sorti en 2016. Comment vous êtes-vous rencontrés et pourquoi avez-vous eu envie de produire ensemble ?
ALI X x XIMENA. Nous nous sommes rencontrés au Mexique à cette époque, par le biais d’amis en commun, et nous avons rapidement travaillé sur quelques collages sonores, des explorations sans idée de structures. Quelques-unes de ces premières œuvres sont dans Never Let You Go et dans la version originale de Welcome To My World. Dès le départ, nous avons ressenti une explosion de spontanéité créative qui a engendré cette ambiance sauvage, voire psychique, quelque chose qui persiste encore à la périphérie des nouveaux morceaux.

H.M. Vous vous présentez comme un “duo mexico-canadien de techno-punk”. Où trouvez-vous vos inspirations ? Avez-vous été influencé par la culture punk de la fin des années 70 et la musique électronique des années 80 ?
A.x.X. On ne se revendique pas d’une soi-disant tendance Punk qui ressemble davantage à une culture en lambeaux. On se sent proche d’un Punk conscient de l’hypocrisie sociale et des abus systémiques, notre musique est notre façon de nous opposer à tout cela. Donc plutôt Punk comme fort, parfois abrasif, brut et guttural, primal. Punk comme cracher la fumée de ce disque au visage, en explosant parfois les opinions et les comportements de renégats socialement inacceptables…

ALI X x XIMENA © POP.SUCKS

Esthétisme géographique ?

H.M. Hormis divers artistes électroniques des précédentes générations (Kittin, Prodigy…), la nouvelle vague de techno aux inspirations punk rock semble avoir davantage de producteurs dans la culture latine qu’en Europe ou en Amérique du Nord. Avez-vous une théorie ?
A.x.X. Cela vient peut-être de l’esthétique Lo Fi avec laquelle ils doivent composer, notamment des studios équipés de Windows 95 (rires), ou peut-être qu’ils n’aiment pas simplement pas la culture trop brillante, flashy, corporative et insipide de la scène Dance, et de la façon dont les Européens s’en imprègnent. Nous n’ajoutons pas de fausses calories de saccharine dans notre alimentation, nous prospérons grâce à la réalité et à la puissance immédiate, que ce soit du rock ou pourquoi pas des tendances façon “star du rap”. Nous irons aussi loin que nous le permet cette industrie corrompue. Un putain de Rock ‘n’ roll très fort, avant de tout brûler.

H.M. Votre vidéo “Welcome to my world” montre diverses séquences extraites de films issu du genre nazisploitation / sexploitation, tel que “Ilsa She Wolf of The S.S”. Avez-vous le sentiment que notre société cultive une constante ambiguïté avec les périodes sombres de l’Histoire ?
A.x.X. L’Histoire est sombre. En ce moment, c’est sombre. Depuis que nous sommes dans la merde, c’est sombre. 70s, 80s, 90s, 2000s, et toujours une merde du diable ? On se réconforte avec une conférence d’Alan Watts sur YouTube, car cette existence partagée est ce qu’elle est, et les chocs ne feront qu’augmenter en durée et en intensité. Cependant, vous n’avez pas besoin de subir.

H.M. Pouvez-vous nous parler du processus de création de l’album ?
A.x.X. Nous travaillons dans un relatif isolement, et nous laissons le rythme de travail prendre sa place. Nous nous sommes construit un nouveau studio dans les collines, à l’extérieur de la ville, à mi-chemin des studios d’enregistrement. Cela nous a beaucoup enthousiasmés et nous l’avons terminé là-bas, y compris le mixage et le mastering. Ce disque est assez libre dans la mesure où nous avons suivi les tangentes là où elles nous ont menés. En soi, c’est de la Dance Music, et pour toute la poésie sauvage et le design sonore, nous voulions un truc qui frappe d’une manière si épaisse, de façon à ne pas être lié à un quelconque passé luxuriant.

Et demain ?

H.M. Comment vous sentez-vous avec “votre monde” ? Pensez-vous qu’il sera différent après le covid-19 et cette période de confinement ? Envisagez-vous une nouvelle façon de jouer, de voyager, de tourner ?
A.x.X. Nous venions de terminer de répéter notre nouveau live à LA, avec des danseurs chorégraphes. Un vrai show à couper le souffle. Alors, en attendant de pouvoir jouer, nous travaillons sur un autre disque. Nous avons fait le tour du monde, et nous sommes plutôt patients. Pour le moment, les gens peuvent nous écouter via les vidéos, il y en une pour chaque morceau. Enfin, lorsqu’ils ouvriront de nouveau la frontière,  nous pourrons toujours diffuser nos émissions en direct depuis la scène, avec un maximum de cloches et de sifflets.

H.M. Quelques mots pour les diggeurs de l’an 3000, et même au-delà ?
A.x.X. Merde, même dans mille ans, je ne peux pas prédire où sera passée notre espèce, ni si notre moralité aura changé, et comment… Nos systèmes de croyance, s’ils sont toujours là, devront avoir compris ce que nos ânes d’ignorants actuels ne peuvent à peine concevoir.

ALI X et XIMENA : Soundcloud / Bandcamp
CONTROLLA : Bandcamp / Facebook

Antoine Brettman est un bricoleur d'images... Ses œuvres s'inscrivent dans le courant de l’art vidéo, dans la réappropriation d'œuvres audiovisuelles, dans l'exploitation de la virtualité des images pour confronter au monde réel son recyclage d'histoires...

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