Et si la musique électronique pouvait devenir un outil d’exploration plutôt qu’un simple moyen d’expression ? Avec MEGAPTERA, nommé d’après le nom scientifique de la baleine à bosse, Rone quitte les paysages urbains qui ont longtemps nourri son imaginaire pour embarquer vers le large. Né d’un projet cinématographique aussi fascinant qu’incertain, l’album se situe à la croisée de la création musicale, de la recherche scientifique et de l’écoute du monde marin
Paru le 12 juin 2026, MEGAPTERA accompagne le film The Musician and the Whale. Composé en grande partie au large de la Bretagne et de La Réunion, le disque prolonge plusieurs années d’expérimentation menées avec des scientifiques, bioacousticiens, navigateurs et défenseurs de l’environnement. Cette œuvre électro immersive de Rone interroge notre rapport aux océans autant que les possibilités d’une musique électronique ouverte à d’autres formes de perception…
Une idée presque irréelle

Tout commence par une proposition qui ressemble davantage à une fiction qu’à un projet musical : tenter d’établir une forme de résonance avec les baleines à travers la musique. Pour Rone, cette idée devient rapidement plus complexe qu’un simple dispositif spectaculaire. Les premières images montrant des marins diffusant ses compositions au large, tandis que des baleines apparaissent dans les environs, suscitent autant d’enthousiasme que de questions. L’artiste s’interroge alors sur la portée réelle de ces expériences. Que signifie projeter de la musique humaine dans un environnement aussi vaste et sensible ? Peut-on réellement parler de rencontre ou seulement de projection de nos propres imaginaires ? C’est précisément dans cet espace d’incertitude que l’album trouve son origine.
Quitter la ville, rejoindre l’océan
Après Room With a View, créé avec la compagnie La Horde autour des notions d’effondrement, de renaissance et de transformation collective, Rone opère ici un déplacement radical. La ville disparaît progressivement du champ de vision. Les infrastructures, les réseaux et les architectures technologiques cèdent la place aux courants marins, aux profondeurs et aux phénomènes naturels. Une partie importante de l’album est ainsi composée en mer, à bord du Lady La Fée au large de La Réunion, ou dans le studio Isola de Cancale. Ces conditions de création imprègnent profondément le disque, traversé par une sensation constante d’espace, de souffle et de mouvement.
« Il y a une responsabilité en tant qu’artiste, un public me suit, m’écoute. C’est important d’essayer de faire passer des messages. Sans être moralisateur, parce que je pense que je fais partie du problème, mais en questionnant à travers ma musique. » – Rone
Réduire plutôt qu’ajouter
L’un des aspects les plus fascinants de MEGAPTERA réside dans son approche musicale. Plutôt que de chercher à imiter les vocalisations des cétacés ou à transformer les baleines en matériau sonore exotique, Rone adopte une démarche de réduction. Inspiré par les recherches consacrées à la communication des mammifères marins, il simplifie progressivement son langage. Les fréquences deviennent plus importantes que les harmonies complexes. Les répétitions prennent le pas sur la narration classique. Certaines structures semblent suspendues, comme maintenues dans un état intermédiaire entre immobilité et déplacement. À l’écoute, MEGAPTERA avance comme une marée lente. Les pulsations électroniques familières de Rone s’effacent souvent derrière des nappes étirées, des résonances profondes et des motifs répétitifs qui semblent dériver au gré des courants. Plusieurs morceaux évoquent davantage un mouvement naturel qu’une composition traditionnelle, comme si le paysage devenait lui-même musicien.
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Écouter avant de comprendre

Autour de Rone gravite un ensemble de collaborateurs qui enrichissent discrètement le projet. Les enregistrements de baleines réalisés par Olivier Adam, les interventions de Cubenx, la voix de Yael Naim ou encore la participation de la Maîtrise de Radio France élargissent encore la palette sonore du disque. Mais la véritable réussite de MEGAPTERA se situe ailleurs. Plus qu’un album sur les baleines, il s’agit d’un disque sur l’écoute. Celle des océans, des autres espèces, des phénomènes naturels, mais aussi des limites de notre propre langage. Rone ne cherche jamais à apporter des réponses définitives. Il préfère observer, expérimenter, tenter des rapprochements. Cette posture donne au projet une profondeur particulière. Dans un monde saturé de certitudes et de commentaires, MEGAPTERA choisit la curiosité. Avec ce disque, Rone poursuit son exploration des territoires où la musique électronique cesse d’être un simple outil de production pour devenir un moyen d’observation du monde. Une œuvre qui regarde les formes de vie qui nous entourent, et qui rappelle qu’écouter demeure parfois un geste plus ambitieux que parler.



