Reprendre une chanson n’a jamais consisté à la reproduire. C’est accepter d’entrer dans son histoire, d’y déposer sa propre sensibilité, puis de la remettre en mouvement. Avec Through Lines, Kelly McFarling et Scott Hirsch ne cherchent ni à moderniser trois classiques oubliés, ni à leur rendre un hommage figé. : ils s’installent simplement à leurs côtés, comme deux voyageurs qui poursuivent une conversation entamée il y a plusieurs décennies
Construit autour de trois reprises de Jim Rafferty, Tim Hardin et Sandy Denny, Kelly McFarling et Scott Hirsch présentent Through Lines, une sortie folk qui privilégie l’intimité aux effets de style. Un disque court, mais très cohérent, qui rappelle que certaines chansons continuent de vivre précisément parce que d’autres musiciens choisissent, un jour, de les réinterpréter plutôt que de les imiter…
La mémoire des chansons

Les reprises musicales souffrent assez souvent d’un malentendu. Certaines cherchent à démontrer toutes leur virtuosité, quand d’autres souhaitent actualiser des œuvres devenues patrimoniales. Kelly McFarling et Scott Hirsch empruntent un chemin plus discret. Leur approche consiste avant tout à écouter ce qui demeure vivant dans ces compositions, avant d’y ajouter leur propre langage. L’ensemble respire. Les arrangements laissent de l’espace, les instruments restent organiques, tandis que les deux voix se répondent sans jamais chercher à dominer l’autre. Ici, pas de démonstration stylistique : bienvenue dans une session entre amis.
Trois auteurs, une ligne de fuite
Le choix du répertoire n’a rien d’anodin. Jim Rafferty, Tim Hardin et Sandy Denny appartiennent à des univers différents, mais partagent une écriture où l’émotion naît souvent de la retenue. La version de I See Red ouvre le disque avec une élégance presque cinématographique. Le groove s’installe lentement, porté par des harmonies qui privilégient les nuances plutôt que les contrastes. Don’t Make Promises adopte une énergie plus terrienne, presque boogie par instants, sans pour autant perdre la mélancolie caractéristique de Tim Hardin. Enfin, Gold Dust retrouve toute sa délicatesse grâce au chant de Kelly McFarling, qui laisse flotter la mélodie avec une grande simplicité.
« Folk music is just people making music with the people around them. »
L’art de faire circuler les chansons
Le titre Through Lines résume finalement assez bien le projet : il ne s’agit pas seulement de reprendre trois morceaux, mais de montrer les lignes invisibles qui relient plusieurs générations d’auteurs-compositeurs. Dans cette perspective, la reprise cesse d’être un exercice nostalgique. Elle devient un moyen de transmettre un patrimoine vivant, et de rappeler que certaines chansons ne demandent pas à être restaurées, mais simplement réinterprétées avec sincérité.
• À lire aussi sur Houz-Motik : quatre guimbardes créent un orchestre
La durée plutôt que l’immédiateté

À contre-courant des productions conçues pour retenir l’attention en quelques secondes, Through Lines prend son temps. Le disque s’écoute comme une route secondaire en plein été : fenêtres ouvertes, l’air encore lourd, les paysages qui défilent sans précipitation. Ce format court invite à ralentir, à redécouvrir trois œuvres qui continuent de traverser les décennies parce qu’elles possèdent cette qualité rare, celle de pouvoir accueillir d’autres voix sans perdre leur identité. En trois titres, seulement, Kelly McFarling et Scott Hirsch rappellent qu’une reprise n’est pas tournée vers le passé. Lorsqu’elle est réussie, elle ouvre simplement un nouveau chapitre dans la vie d’une chanson.

