LP Cambrian 3D

Cambrian 3D : Pastel Beach rejoue la création du monde en VHS

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Avec Cambrian 3D, Pastel Beach transforme l’explosion cambrienne en odyssée électronique. Une civilisation extraterrestre au bord de l’extinction, une planète encore stérile et des images 3D passées sur bande magnétique composent un étrange récit des origines, quelque part entre documentaire paléontologique, jeu vidéo oublié et science-fiction mélancolique

Paru le 21 août 2026 chez Midwest Collective, Cambrian 3D réunit 13 compositions et un visualizer conçu comme leur prolongement narratif. Pastel Beach y délaisse en partie la nostalgie confortable de la vaporwave pour imaginer une préhistoire numérique : la naissance du vivant observée depuis les ruines d’un autre monde…

Avant la vie, le dernier voyage

ILL Pastel Beach
© Pastel Beach

Le récit commence loin de la Terre. Après les guerres atomiques de la « planète rouge », les ultimes représentants d’une civilisation extraterrestre traversent une galaxie devenue silencieuse. Leur dernière mission ? Ensemencer Gaia, encore déserte, au prix de leur propre vie. Tears for Gaia, courte ouverture cérémonielle, pose cette gravité avant que Cloud Generator Algorithm n’enclenche véritablement le voyage. La science-fiction sert ici moins à bâtir une intrigue complexe qu’à déplacer notre regard : dans cet univers, la vie terrestre n’est plus un miracle spontané, mais le legs fragile d’une espèce disparue.

Des fossiles dans la machine

Quand le vocabulaire scientifique rencontre constamment celui de l’informatique : Bryophyte, Hallucigenia, Algae Bloom et Trilobite Bay évoquent les premières formes du vivant ; Cloud Generator Algorithm, Pole Graphing, Viscosity Emulation ou Worldmap_Defrag TIM semblent, eux, provenir d’un logiciel archaïque chargé de fabriquer une planète. Musicalement, Pastel Beach assemble nappes synthétiques, timbres MIDI, rythmes électroniques et mélodies aux couleurs de jeu vidéo. Les textures restent volontairement artificielles, parfois presque naïves. C’est précisément ce décalage qui fonctionne : les organismes primitifs paraissent surgir non d’un océan réel, mais d’un vieux programme de simulation.

« The galaxy is quiet and empty. […] We cannot give up. »

– Extrait du dernier journal de Piscedes, personnage de Cambrian 3D.

Une nature en basse résolution

Le visualizer donne sa cohérence au projet. Ses paysages en 3D, ses créatures flottantes et ses environnements aux couleurs irréelles empruntent autant aux animations scientifiques qu’aux cinématiques informatiques des années 1990. Les images ont ensuite été enregistrées sur une véritable VHS, dont les bavures, les pertes de définition et les accidents analogiques déposent une couche de temps supplémentaire. Le dispositif évite ainsi la simple reconstitution rétro : il fabrique un faux document ancien, comme si les archives de la création du monde avaient été retrouvées sur une cassette abîmée. White Gem Premium a conçu les premiers rendus, Madlad Engineering Co. les images finales et les graphismes 3D, tandis qu’ARKMAN signe le logo.

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Le futur antérieur de la vaporwave

Photo Pastel Beach
© Pastel Beach

Cambrian 3D reste rattaché à la vaporwave, à la pop hypnagogique et au « twilight synth » revendiqués par Pastel Beach, mais son intérêt tient surtout à la manière dont ces codes construisent le narratif. La nostalgie ne porte plus sur une époque réellement vécue, elle concerne un passé inaccessible, vieux de plusieurs centaines de millions d’années, reconstruit avec les machines déjà obsolètes d’un futur imaginaire. Le disque n’échappe pas toujours au caractère décoratif du genre et certains motifs semblent davantage installer un environnement que développer une composition, mais pris dans son ensemble audiovisuel, il trouve pourtant une véritable continuité, de l’arrivée sur Gaia jusqu’au changement d’ère annoncé par Turn of the Epoch.

La première édition vinyle et cassette contient une narration de synthèse produite avec ElevenLabs, remplacée dans les versions numériques et les pressages ultérieurs par la voix du comédien Bob Price. Ce détail résume presque tout le projet : derrière ses fossiles numériques et ses mondes simulés, Cambrian 3D finit par réintroduire une présence humaine.

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