Avec dix morceaux issus de projets libanais de la fin des années 1970 et des années 1980, Habibi Funk retrouve les traces d’une communauté musicale liée notamment à Ziad Rahbani. Des enregistrements à la diffusion confidentielle, entre pop, disco, soul et jazz, réalisés dans un pays traversé par la guerre civile
Derrière le titre Beirut City Pop, une histoire de groupes éphémères, de studios et de cassettes échangées entre proches. Stephanie Stephanou, Force, Andromeda, Games et le tandem Walid Itayim–Sami Shabshab composent cette sélection de dix titres, parue le 16 octobre 2026. Habibi Funk y documente un réseau de musiciens dont les collaborations dépassaient les frontières de chaque formation. Le rapprochement avec la city pop japonaise désigne ici une ouverture musicale commune, tandis que les conditions de production et de circulation racontent une réalité propre au Liban : celle d’une création entretenue malgré la fragmentation du territoire…
Des chansons à portée de cassette
Une cassette copiée chez soi, prêtée à un ami, conservée par un musicien : c’est par ces gestes ordinaires qu’une partie du répertoire réuni sur Beirut City Pop a traversé les décennies. À la fin des années 1970 et dans les années 1980, plusieurs groupes et projets de studio libanais enregistrent une musique dont la circulation demeure restreinte. Certaines bandes restent dans l’entourage des artistes ; plusieurs morceaux de cette compilation n’avaient donc jamais fait l’objet d’une parution officielle. Le cas d’Andromeda donne la mesure de cette confidentialité. Selon les informations réunies par la label Habibi Funk, l’album du groupe pourrait avoir été tiré à seulement vingt exemplaires, voire moins… Une quantité infime, qui rappelle combien la survie de ces enregistrements dépendait de leur conservation individuelle. Leur présence aujourd’hui dans un même disque permet de rendre accessible un ensemble jusqu’alors dispersé.
Autour de Bypass, des collaborations croisées
Le point de rencontre de nombreux participants se situe autour de Ziad Rahbani et de son Bypass Studio. On y répète, on y enregistre et on contribue aux projets des autres. Les noms de groupes distinguent des formations, mais le récit du label fait apparaître des collaborations croisées : les mêmes musiciens se retrouvent d’une séance à l’autre, au sein d’un cercle élargi. Bypass constitue un foyer important de cette activité sans en concentrer tous les enregistrements. Andromeda travaille notamment au Studio Farah, avec des musiciens et des influences qui recoupent ceux de cet entourage. Le livret de la compilation, nourri d’entretiens avec les artistes et de photographies inédites, prolonge assez bien cette histoire collective. Il donne aux morceaux un contexte, des visages et des relations que les bandes seules ne pouvaient restituer.
« Plusieurs morceaux de cette compilation n’ont jamais été officiellement publiés. »
– Habibi Funk, (Beirut City Pop)
City pop, un rapprochement à préciser
L’intitulé Beirut City Pop propose une porte d’entrée immédiatement identifiable. Habibi Funk le rattache à la liberté de circulation entre pop, soul, jazz, rock et AOR, à laquelle s’ajoutent ici la disco et la bossa. Le parallèle avec la city pop japonaise porte sur cette ouverture des styles, mais la présentation du label ne permet pas d’en déduire une filiation directe. Cette précision compte : le titre rassemble rétrospectivement des projets dont les trajectoires et les conditions d’existence leur appartiennent. La sélection fait revenir Games et Andromeda à trois reprises chacun, Force deux fois, aux côtés de Stephanie Stephanou et de Walid Itayim avec Sami Shabshab. Elle permet ainsi de retrouver plusieurs facettes de certaines formations, plutôt que de multiplier les apparitions isolées.
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Créer dans un pays morcelé
La guerre civile libanaise intervient jusque dans les possibilités de diffusion. Lorsque les déplacements entre quartiers et régions deviennent difficiles, les enregistrements circulent eux aussi à une échelle réduite. La confidentialité de ces cassettes tient donc également aux obstacles matériels qui entravent leur transmission. Dans ce contexte, les chansons entretiennent, selon le label, des rapports différents au quotidien : certaines offrent de la légèreté et de l’évasion, d’autres affrontent les réalités de la guerre. Cette diversité invite à laisser à chaque morceau son propos, sans ramener toute la production à une même fonction de témoignage. Beirut City Pop documente aussi le plaisir de jouer ensemble et la durée des amitiés. Les liens entre ces musiciens ont persisté bien après que leurs bandes ont failli disparaître.





