LP Kover Kover

WEB WEB démonte les classiques : « Kover Kover », ou l’art de refaire sans répéter

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Dix ans de trajectoire, et un virage net. Avec Kover Kover, WEB WEB met de côté ses compositions pour se confronter à celles des autres. Pas pour les citer. Pour les déplacer. Nirvana, Talking Heads, Grace Jones, Black Sabbath ou Kruder & Dorfmeister passent dans un filtre jazz souple, collectif, presque sans centre

Kover Kover agit comme un test. Que reste-t-il d’un morceau quand on enlève le son d’origine, l’époque, le vernis ? WEB WEB sublime ses covers sans démonstration avec une mélodie, une grille, une écoute. Le reste se construit en mouvement. Une piste pour la suite ? Penser la reprise comme un outil de réécriture, pas comme un hommage figé…

Reprendre sans rejouer

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Ici, pas de fidélité décorative. Les morceaux ne sont pas reproduits, ils sont absorbés ! Une ligne vocale, une suite d’accords, parfois juste une tension. Puis tout bascule. Les univers s’éloignent : jazz, rock, pop, électronique, mais la matière tient. Parce que le choix des titres repose sur une évidence simple, une chanson solide survit à son habillage. WEB WEB s’appuie là-dessus, et enlève le reste. Trois accords, et un autre espace ? Le point de départ tient souvent à peu. Steppin’ Out de Joe Jackson, par exemple. Trois accords. Rien de plus. Un moment de studio, Christian von Kaphengst au Rhodes, Roberto Di Gioia qui glisse au piano. Les rôles changent, le centre se déplace. Le morceau s’ouvre, ralentit, respire autrement. Ce n’est plus une reprise. C’est une relecture minimale, presque nue.

« A really good song can be reduced to two essential components – a melody that you can sing along to and a harmonic structure that remains instantly recognisable even in its simplest form. » – Roberto Di Gioia

Un groupe sans place fixe

Le son de WEB WEB vient de là. Pas de hiérarchie marquée. Les instruments circulent. Le batteur passe au piano, le bassiste dérive ailleurs, les repères se déplacent… Ce déséquilibre n’est pas un effet. Il oblige à écouter ces compositions autrement. Moins de réflexes, et plus d’attention. Chaque morceau devient un terrain instable, mais totalement vivant.

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Un langage qui reste intact. Malgré le changement de répertoire, l’identité perdure. Rhodes feutré, vents en suspension, rythmique mobile. Une manière subtile d’habiter l’espace, plus que de remplir. Même logique côté visuel, les illustrations de Jan Steins prolongent cette continuité. Formes ouvertes, couleurs en tension, une extension du son. Kover Kover ne cherche pas à moderniser des classiques. Il les propulse en orbite, discrètement, jusqu’à les rendre presque méconnaissables, mais jamais étrangers. Une charmante manière de rappeler qu’une chanson solide ne dépend pas de son époque, mais de ce qu’elle contient encore quand tout le reste disparaît.

Buy Me A Coffee

Fondateur de Houz-Motik, Cyprien Rose est journaliste. Il a été coordinateur de la rédaction de Postap Mag et du Food2.0Lab. Il a également collaboré avec Radio France, Le Courrier, Tsugi, LUI... Noctambule, il a œuvré au sein de l'équipe organisatrice des soirées La Mona, et se produit en tant que DJ.

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